14.07.2008

Allons enfants de mes caprices

D'après l'AFP, Robert Ménard, de Reporters sans frontières, aurait "été interpellé alors qu'il voulait manifester contre la présence du président syrien". Il criait "Liberté en Syrie" en compagnie de quelques militants de RSF. L'objectif : se faire le porte-parole des défenseurs des journalistes et blogueurs emprisonnés en Syrie.

 

"On n'est pas contre la présence de Bachar al-Assad à Paris, mais contre le fait qu'il soit reçu à la tribune présidentielle" a déclaré Vincent Brossel, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF . "C'est quand même le 14 juillet, la prise de la Bastille symbole de la lutte contre l'autoritarisme et on retrouve un des pires dictateurs du Moyen Orient à la tribune célébré comme si c'était un démocrate", (cf. site tf1 lci)

 

 Certaines questions se posent chez les détracteurs de cet esprit révolutionnaire représenté par RSF en ce jour célébrant la fameuse prise de la bastille : on accuse certains Français d'être hors-sujet lorsqu'ils rappellent que les libertés individuelles sont bafouées dans les pays des invités à qui notre Président fait l'honneur d'offrir la tribune présidentielle. Bachar al Assad a affirmé hier : ""Je dois dire que c'est simplement un tapage politique, le 14 juillet a été instrumentalisé, ça a été un prétexte". Il demande par ailleurs aux Français "d'être objectifs et réalistes par rapport à ce qui se passe au Proche-Orient: est-ce que l'occupation des territoires fait partie des principes prônés par le 14 juillet?". Quels sont donc ces principes prônés par le 14 juillet 1789 sinon le rejet de l'absolutisme et des privilèges au profit de la liberté, de l'égalité, la nation souveraine dans l'universalité des citoyens exprimant la volonté générale? Pas si hors-sujet que ça, donc RSF. Plutôt même dans la mouvance de la commémoration.

 

Néanmoins, placée sous le signe de la paix et de la prospérité en mettant à l'honneur les Nations Unies, la célébration annuelle 2008 du 14 juillet insiste aussi sur d'autres objectifs, ceux des réconciliations, dont le thème était très présent la veille lors du lancement de l'Union pour la Méditérannée. Dialogue et coopération pour la paix, et pour une construction solidaire de partenariats fondamentaux pour tous les pays membres, les fondements de cette nouvelle vision des choses ont accompagné les invités de Sarkozy au défilé. Dans la déclaration commune des dirigeants présents hier figure bien "Les chefs d'Etat et de gouvernement soulignent qu'ils sont déterminés à renforcer la démocratie et le pluralisme politique par le développement de la participation à la vie politique et l'adhésion à l'ensemble des droits de l'Homme et des libertés fondamentales". (cf Relatio-Europe).On pourrait donc (naïvement) imaginer finalement demander aussi à nos visiteurs d'avoir une vision objective par rapport à ce qui se passe au Proche-Orient, et notamment en matière de liberté de la presse et de liberté tout court. Tout est donc fondamentalement lié en ce jour...

Mais ne comptons pas sur notre Président pour ce genre de discussion, d'ailleurs... pas de grâce présidentielle ne sera accordée... na.

Qui s'inspire de qui à la tribune Présidentielle? Non il ne faut rien exagérer et partir dans une autre forme de déformation des débats. Certes, mais on enferme beaucoup ces derniers temps, et on tient enfermé. Sauf Ingrid, dont on célèbre l'heureuse libération et le retour à la liberté et à sa... révolution.

 

 Mediapart s'est amusé un peu aujourd'hui, ironisant sur les raisons d'être des festivités du 14 juillet,  en publiant cette partition de l'hymne national lors du Second Empire (époque de Louis Napoléon Bonaparte, dit Napoléon le Petit, d'après Victor Hugo, comme le rappelait Médiapart cette semaine); je vais m'amuser aussi en y ajoutant un petit couplet :

couplet 4 : (imaginaire, plus de 150 ans plus tard) :

Il trace des réformes

Les impos' sans douceur

Dans un langage hors norme

Méprisant les censeurs

Communique à la pelle

Partout il est présent

Carla est la plus belle

Il se croit très vaillant.

 

 

03.07.2008

Si tu te libères, tu seras libre ; si tu libères un autre, tu en feras ton esclave*

[...] "En Colombie, nous devons encore penser à notre origine, à qui nous sommes et où nous voulons aller. Moi, j’aspire à ce qu’un jour, nous ayons la soif de grandeur qui fait surgir les peuples du néant pour atteindre le soleil. Quand nous ne serons inconditionnels face à la défense de la vie et de la liberté des nôtres, c’est-à-dire, quand nous serons moins individualistes et plus solidaires, moins indifférents et plus engagés, moins intolérants et plus compatissants. Alors, ce jour-là, nous serons la grande nation que nous voulons tous être. Cette grandeur est là endormie dans les cœurs. Mais les cœurs se sont endurcis et pèsent tant qu’ils ne nous permettent pas des sentiments élevés."

[...]

"Je ne pourrais pas croire qu’il est possible de se libérer un jour d’ici, si je ne connaissais pas l’histoire de la France et de son peuple. J’ai demandé à Dieu qu’il me recouvre de la même force que celle avec laquelle la France a su supporter l’adversité, pour me sentir plus digne d’être comptée parmi ses enfants. J’aime la France de toute mon âme, les voix de mon être cherchent à se nourrir des composants de son caractère national, elle qui cherche toujours à se guider par principes et non par intérêts. J’aime la France avec mon cœur, car j’admire la capacité de mobilisation d’un peuple qui, comme disait Camus, sait que vivre, c’est s’engager. (…) Toutes ces années ont été terribles mais je ne crois pas que je pourrais être encore vivante sans l’engagement qu’ils nous ont apporté à nous tous qui ici, vivons comme des morts." [...]

 

extraits de la lettre de 12 pages adressée par Ingrid Betancourt à sa famille en décembre 2007, source : site internet Le Figaro

 

Que tout le monde se réjouisse de cette libération, c'est légitime. Soulagement, joie, admiration, compassion, les sentiments ne manquent pas pour accompagner cette libération d'Ingrid Bétancourt! On ne peut qu'être solidaire du bonheur retrouvé de cette famille!

Et maintenant?

La surmédiatisation a sans doute ralenti certaines opérations pendant tout ce temps de rétention, tout en permettant des récupérations pas toujours passées inaperçues (rappel : note d'avril : ici). Nous avons assisté à un matraquage médiatique résultant d'une réelle méconnaissance de la situtation locale et des enjeux réels de la prise d'otages en Colombie. Le retour d'Ingrid va susciter des démarches de communication pas toujours impartiales, et privilégiant parfois les effets d'annonces et le voyeurisme; la fascination pour l'héroïsme puise ses sources dans l'émotionnel, dans la personnalisation de fantasmes qu'on vit par procuration. Surtout à l'époque des modèles imposés par le projet de Sarkozy, fondé sur l'avoir plus que sur l'être. "Qui est Ingrid Bétancourt et quels sont ses prochains combats?" est une question qui pourrait rapidement se transformer en une série de questions, une série d'épisodes, dont les différentes intrigues reposeront sur le côté magique de l'histoire de ce combat pour des convictions dans lequel on ne retiendra que les réactions et les ressentis... Le modèle de la gloire et non de l'idéal.

Ingrid mène un combat pour la liberté, certes, mais saura-t-elle se libérer des pièges qu'elle ne connaît pas encore et dans lesquels ses enfants et ex mari sont déjà tombés, par excès de volontarisme et de toute bonne foi? Un peu de silence et de respect de ce retour en famille pourraient être préconisés... et un peu de pudeur de la part des consommateurs de l'info seraient bénéfiques... Mais...

 

*citation de Lessia Oukrainka (féministe ukrainienne, 1871-1913), Le Maître de Pierre

24.05.2008

Je suis en campagne...

ba8ea0aa459cc97af4df99ace392a598.jpg... pour Mediapart... Mon objectif n'est pas de faire de la publicité, non, ce qui me conduit à suivre l'appel de Mediapart à ses lecteurs consistant à partir en "campagne pour la liberté et le pluralisme de la presse" s'inscrit dans ma détermination à redonner du sens à la démocratie!

 

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