23.07.2008
dans l'attente d'un débat sur la condition des détenus des prisons françaises
Nombre de places dans les prisons : 50 806 places
Nombre de détenus : 64 250
cf www.lemonde.fr et communiqué du ministère de la justice : ici
Rachida Dati présentera à la rentrée son projet de loi pénitentiaire, sensé répondre aux problèmes provoqués par cette surpopulation.
Ce texte, s'appuyant sur les recommandations européennes, présentera une réforme liée à des objectifs fondamentaux dans le cadre du fonctionnement des prisons. Il abordera :
- les droits des détenus (en milieu fermé ou ouvert) et la prévention de la récidive.
- les missions du personnel des services pénitentiaires et leur encadrement juridique et professionnel.
Comme l'écrivait Marcel Aymé : "Les hommes appelés à en juger d'autres devraient avoir fait un stage de deux ou trois mois en prison" (La Tête des autres). Afin d'effectuer une visite virtuelle en prison, je vous invite à consulter le site de l'association Ban Public, créée en 1999, dont le but est "de favoriser la communication sur les problématiques de l’incarcération et de la détention, et d’aider à la réinsertion des personnes détenues."
le contenu du site :
"Les informations disponibles en ligne touchent autant à la vie “ dedans ” que “ dehors ”. La ligne éditoriale privilégie le service (infos pratiques, guide forum, listes de diffusion) et l’information (veille, analyse, documentation). Les archives intègrent des documents aussi différents que des textes de lois, des rapports, des lettres, photos, dessins, articles, études, statistiques, liens hypertextes ou interviews, structurés par une base de données et coordonnés par un puissant moteur de recherche. L’accès à la totalité des contenus est gratuit."
Il s'agit de : http://www.prison.eu.org
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21.07.2008
Ultima Verba
La réforme de la Constitution a donc été adoptée en ce jour estival où les priorités de la véritable majorité étaient plutôt accordées à la plage, le tour de France, les courses, les dossiers à terminer sur le bureau... Et pourtant, "c'est la démocratie qui a gagné" dixit Sarkozy...
Encore un peu moins de quatre ans avant de pouvoir prétendre proposer une nouvelle grande réforme, fondée peut-être davantage sur un projet de société tout entier, et sur un modèle plus représentatif de la population, et donc plus fédérateur et digne d'intérêt...
Détail des votes : ici . Essentiellement des votes de parti (sauf pour le MoDem et les centristes, très divisés, si l'on compare sénat et assemblée nationale). Des votes qui représentent aussi et surtout un affrontement plus qu'une réelle représentation des attentes citoyennes; mais comment les cerner?
En attendant 2012, un peu de poésie dans ce monde de confusion... sans pousser la résistance jusqu'à l'exil, comme Victor Hugo en son temps, profitons du recul et de la distance vis à vis du pouvoir pour préparer... la suite, et dire non, tout simplement, en aspirant à une véritable liberté... de manière déterminée. De la poésie donc, parce que les mots et les idées sont à l'origine des vraies réformes...
Ultima Verba, in Les Châtiments
La conscience humaine est morte ; dans l’orgie,
Sur elle il s’accroupit ; ce cadavre lui plaît ;
Par moments, gai, vainqueur, la prunelle rougie,
Il se retourne et donne à la morte un soufflet.
La prostitution du juge est la ressource.
Les prêtres font frémir l’honnête homme éperdu ;
Dans le champ du potier ils déterrent la bourse ;
Sibour revend le Dieu que Judas a vendu.
Ils disent : — César règne, et le Dieu des armées
L’a fait son élu. Peuple, obéis, tu le dois ! -
Pendant qu’ils vont chantant, tenant leurs mains fermées,
On voit le sequin d’or qui passe entre leurs doigts.
Oh ! tant qu’on le verra trôner, ce gueux, ce prince,
Par le pape béni, monarque malandrin,
Dans une main le sceptre et dans l’autre la pince,
Charlemagne taillé par Satan dans Mandrin ;
Tant qu’il se vautrera, broyant dans ses mâchoires
Le serment, la vertu, l’honneur religieux,
Ivre, affreux, vomissant sa honte sur nos gloires ;
Tant qu’on verra cela sous le soleil des cieux ;
Quand même grandirait l’abjection publique
À ce point d’adorer l’exécrable trompeur ;
Quand même l’Angleterre et même l’Amérique
Diraient à l’exilé : — Va-t’en ! nous avons peur !
Quand même nous serions comme la feuille morte ;
Quand, pour plaire à César, on nous renierait tous ;
Quand le proscrit devrait s’enfuir de porte en porte,
Aux hommes déchiré comme un haillon aux clous ;
Quand le désert, où Dieu contre l’homme proteste,
Bannirait les bannis, chasserait les chassés ;
Quand même, infâme aussi, lâche comme le reste,
Le tombeau jetterait dehors les trépassés ;
Je ne fléchirai pas ! Sans plainte dans la bouche,
Calme, le deuil au cœur, dédaignant le troupeau,
Je vous embrasserai dans mon exil farouche,
Patrie, ô mon autel ! Liberté, mon drapeau !
Mes nobles compagnons, je garde votre culte ;
Bannis, la République est là qui nous unit.
J’attacherai la gloire à tout ce qu’on insulte ;
Je jetterai l’opprobre à tout ce qu’on bénit !
Je serai, sous le sac de cendre qui me couvre,
La voix qui dit : malheur ! la bouche qui dit : non !
Tandis que tes valets te montreront ton Louvre,
Moi, je te montrerai, César, ton cabanon.
Devant les trahisons et les têtes courbées,
Je croiserai les bras, indigné, mais serein.
Sombre fidélité pour les choses tombées,
Sois ma force et ma joie et mon pilier d’airain !
Oui, tant qu’il sera là, qu’on cède ou qu’on persiste,
Ô France ! France aimée et qu’on pleure toujours,
Je ne reverrai pas ta terre douce et triste,
Tombeau de mes aïeux et nid de mes amours !
Je ne reverrai pas ta rive qui nous tente,
France ! hors le devoir, hélas ! j’oublierai tout.
Parmi les éprouvés je planterai ma tente :
Je resterai proscrit, voulant rester debout.
J’accepte l’âpre exil, n’eût-il ni fin ni terme,
Sans chercher à savoir et sans considérer
Si quelqu’un a plié qu’on aurait cru plus ferme,
Et si plusieurs s’en vont qui devraient demeurer.
Si l’on n’est plus que mille, eh bien, j’en suis ! Si même
Ils ne sont plus que cent, je brave encor Sylla ;
S’il en demeure dix, je serai le dixième ;
Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là !
Victor Hugo
23:27 Publié dans débats | Lien permanent | Commentaires (15) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : démocratie, liberté
14.07.2008
A la recherche des déclarations et des textes de Geremek
Des hommages dans tous les journaux, dans toutes les institutions, pour célébrer le combat de toute une vie. Solidaire de cette émotion, je propose simplement, après une visite sur le web, quelques phrases, quelques textes, quelques déclarations de Monsieur Bronislaw Geremek. A découvrir, relire, revoir :
- Geremek explique pourquoi il refuse de se soumettre à la loi de "lustration" : Coulisses de Bruxelles, UE de Jean Quatremer : ici
-
- Interview : "Je suis prêt à payer le prix de mes actes" : Cafe babel : ici
-
- colloque : Trajectoire de l'Europe, unie dans la diversité depuis 50 ans : ici
-
- Valeurs et identités de l'Europe : Paroles d'Européens : ici
-
- vidéo (RDV des Européens à Lille le 7 mai 2008 ) (source : Paroles d'Européens) :
19:00 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Europe, démocratie, liberté, personnalité
Allons enfants de mes caprices
D'après l'AFP, Robert Ménard, de Reporters sans frontières, aurait "été interpellé alors qu'il voulait manifester contre la présence du président syrien". Il criait "Liberté en Syrie" en compagnie de quelques militants de RSF. L'objectif : se faire le porte-parole des défenseurs des journalistes et blogueurs emprisonnés en Syrie.
"On n'est pas contre la présence de Bachar al-Assad à Paris, mais contre le fait qu'il soit reçu à la tribune présidentielle" a déclaré Vincent Brossel, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF . "C'est quand même le 14 juillet, la prise de la Bastille symbole de la lutte contre l'autoritarisme et on retrouve un des pires dictateurs du Moyen Orient à la tribune célébré comme si c'était un démocrate", (cf. site tf1 lci)
Certaines questions se posent chez les détracteurs de cet esprit révolutionnaire représenté par RSF en ce jour célébrant la fameuse prise de la bastille : on accuse certains Français d'être hors-sujet lorsqu'ils rappellent que les libertés individuelles sont bafouées dans les pays des invités à qui notre Président fait l'honneur d'offrir la tribune présidentielle. Bachar al Assad a affirmé hier : ""Je dois dire que c'est simplement un tapage politique, le 14 juillet a été instrumentalisé, ça a été un prétexte". Il demande par ailleurs aux Français "d'être objectifs et réalistes par rapport à ce qui se passe au Proche-Orient: est-ce que l'occupation des territoires fait partie des principes prônés par le 14 juillet?". Quels sont donc ces principes prônés par le 14 juillet 1789 sinon le rejet de l'absolutisme et des privilèges au profit de la liberté, de l'égalité, la nation souveraine dans l'universalité des citoyens exprimant la volonté générale? Pas si hors-sujet que ça, donc RSF. Plutôt même dans la mouvance de la commémoration.
Néanmoins, placée sous le signe de la paix et de la prospérité en mettant à l'honneur les Nations Unies, la célébration annuelle 2008 du 14 juillet insiste aussi sur d'autres objectifs, ceux des réconciliations, dont le thème était très présent la veille lors du lancement de l'Union pour la Méditérannée. Dialogue et coopération pour la paix, et pour une construction solidaire de partenariats fondamentaux pour tous les pays membres, les fondements de cette nouvelle vision des choses ont accompagné les invités de Sarkozy au défilé. Dans la déclaration commune des dirigeants présents hier figure bien "Les chefs d'Etat et de gouvernement soulignent qu'ils sont déterminés à renforcer la démocratie et le pluralisme politique par le développement de la participation à la vie politique et l'adhésion à l'ensemble des droits de l'Homme et des libertés fondamentales". (cf Relatio-Europe).On pourrait donc (naïvement) imaginer finalement demander aussi à nos visiteurs d'avoir une vision objective par rapport à ce qui se passe au Proche-Orient, et notamment en matière de liberté de la presse et de liberté tout court. Tout est donc fondamentalement lié en ce jour...
Mais ne comptons pas sur notre Président pour ce genre de discussion, d'ailleurs... pas de grâce présidentielle ne sera accordée... na.
Qui s'inspire de qui à la tribune Présidentielle? Non il ne faut rien exagérer et partir dans une autre forme de déformation des débats. Certes, mais on enferme beaucoup ces derniers temps, et on tient enfermé. Sauf Ingrid, dont on célèbre l'heureuse libération et le retour à la liberté et à sa... révolution.
Mediapart s'est amusé un peu aujourd'hui, ironisant sur les raisons d'être des festivités du 14 juillet, en publiant cette partition de l'hymne national lors du Second Empire (époque de Louis Napoléon Bonaparte, dit Napoléon le Petit, d'après Victor Hugo, comme le rappelait Médiapart cette semaine); je vais m'amuser aussi en y ajoutant un petit couplet :
couplet 4 : (imaginaire, plus de 150 ans plus tard) :
Il trace des réformes
Les impos' sans douceur
Dans un langage hors norme
Méprisant les censeurs
Communique à la pelle
Partout il est présent
Carla est la plus belle
Il se croit très vaillant.
15:15 Publié dans débats | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : liberté de la presse, liberté, droits de l'homme, démocratie
13.07.2008
message de l'UNICEF
UNICEF :
"Mineurs isolés étrangers
Appel pour un véritable statut juridique
Alors que la France accède à la présidence européenne et que la question de l'immigration suscite un intense travail législatif au sein de l'Union, nous, acteurs engagés dans la défense des droits de l'enfant, lançons un appel solennel aux autorités françaises au sujet de la situation des mineurs isolés étrangers.
Au-delà des débats brûlants autour des politiques de régulation des flux migratoires, nous demandons que ces enfants bénéficient d’un statut juridique leur conférant une protection adaptée.
Seuls, déracinés, privés de l’attention d’un adulte, menacés par toutes les formes de violence, d'abus et d'exploitation, leur protection relève de la responsabilité des autorités de notre pays et, plus largement, des Etats de l’Union. La précarité de leur situation de mineurs isolés doit évidemment primer sur leur condition d'étranger. Il en va du respect de la Convention des droits de l'enfant (CIDE), comme des engagements pris par la France (1) et par tous les Etats signataires de ce traité international (2).
La situation actuelle des mineurs isolés étrangers ne peut perdurer : inacceptable pour ceux qui ne sont pas admis sur le territoire (alors que leur situation l’exigerait aux yeux de la CIDE) et à bien des égards insatisfaisante pour ceux qui sont légalement accueillis dans le pays.
Les premiers sont renvoyés dès leur arrivée par les voies aéroportuaires ou placés en zone d’attente comme les adultes, aucune procédure particulière n’étant définie pour les mineurs. Le refoulement, trop systématique, s’effectue en direction du dernier pays de provenance du jeune qui n’est pas, bien souvent, son pays d’origine.
Ceux qui parviennent à passer entre les mailles du filet demeurent sur le territoire, clandestinement, en errance, vulnérables à l’extrême, proies faciles des trafiquants et des réseaux de prostitution ou de travail clandestin. La réalité de ces dangers reste sous-estimée par les autorités en charge de la protection de l’enfance.
La prise en charge des seconds, écartelée entre la législation relative à la protection de l’enfance et celle sur le séjour et l’entrée des étrangers en France, prend trop peu en compte la situation particulière de ces enfants : absence de tutelle et de représentation légale, insuffisance de l’assistance juridique, absence d’accompagnement psychologique adapté à un parcours parfois traumatisant, inadéquation des dispositifs éducatifs, manque de formation spécifique des travailleurs sociaux...
La rétention des mineurs non accompagnés en zone d’attente (3), la désignation tardive et les moyens insuffisants des administrateurs ad hoc, l’incertitude sur leur âge et leur état de minorité par manque de fiabilité des méthodes actuelles de détermination de l’âge, l’incohérence des procédures dans l’étude des demandes d’asile et le caractère approximatif de leur prise en charge imposent une réflexion globale et un changement radical d’attitude.
De plus, ces jeunes sont mobiles et interpellent ainsi l’ensemble des pays de l’Union. Pourtant, hormis celles, notables, du Conseil de l’Europe, aucune initiative européenne concrète n’a été prise pour apporter une réponse à la hauteur des parcours complexes, voire des drames vécus par ces mineurs. La directive, dite « directive retour », votée au Parlement européen le 18 juin dernier, loin d’apporter une quelconque garantie de protection, vise à intensifier leur expulsion et autorise leur détention en zone d’attente pendant la même durée que les adultes.
Face à cette situation indigne de notre pays, et contraire au devoir de protection qui lui incombe, nous appelons instamment les autorités françaises :
-
à promouvoir un principe de non refoulement aux frontières de l’Europe et à cesser de recourir à l’enfermement des mineurs isolés étrangers en zone d’attente (en instaurant par exemple des lieux d’accueil et d’orientation qui proposeront un accompagnement adapté par des professionnels
spécialisés de l’enfance) ; -
à faire la promotion, à l’échelle européenne, d’une véritable politique de protection ainsi que d’un statut juridique spécifique pour ces mineurs qui encadrerait leur accueil et leur suivi pour une protection maximale et une équité de traitement sur l’ensemble du territoire européen, prenant appui sur la Convention internationale des droits de l’enfant et sur les positions du Conseil de l’Europe.
La France dispose, aujourd’hui, d’une occasion unique de faire bouger les lignes sur cette question. De notre point de vue d’experts et de praticiens, ces deux dispositions sont envisageables si elles bénéficient d’un fort soutien. Il serait tout à l’honneur de la France d’en être le promoteur.
A l’inverse, nous estimerions profondément condamnable que ces mineurs soient les victimes des crispations politiques autour de la question de l’immigration.
(2) 192 pays sont signataires de la CIDE
(3) Cela a valu à la France de très nombreuses critiques, dont celles du Comité des droits de l’enfant
des Nations unies. " POUR SIGNER CET APPEL : ici
13:12 Publié dans débats | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : liberté, droits de l'homme, europe
03.07.2008
Si tu te libères, tu seras libre ; si tu libères un autre, tu en feras ton esclave*
[...] "En Colombie, nous devons encore penser à notre origine, à qui nous sommes et où nous voulons aller. Moi, j’aspire à ce qu’un jour, nous ayons la soif de grandeur qui fait surgir les peuples du néant pour atteindre le soleil. Quand nous ne serons inconditionnels face à la défense de la vie et de la liberté des nôtres, c’est-à-dire, quand nous serons moins individualistes et plus solidaires, moins indifférents et plus engagés, moins intolérants et plus compatissants. Alors, ce jour-là, nous serons la grande nation que nous voulons tous être. Cette grandeur est là endormie dans les cœurs. Mais les cœurs se sont endurcis et pèsent tant qu’ils ne nous permettent pas des sentiments élevés."
[...]
"Je ne pourrais pas croire qu’il est possible de se libérer un jour d’ici, si je ne connaissais pas l’histoire de la France et de son peuple. J’ai demandé à Dieu qu’il me recouvre de la même force que celle avec laquelle la France a su supporter l’adversité, pour me sentir plus digne d’être comptée parmi ses enfants. J’aime la France de toute mon âme, les voix de mon être cherchent à se nourrir des composants de son caractère national, elle qui cherche toujours à se guider par principes et non par intérêts. J’aime la France avec mon cœur, car j’admire la capacité de mobilisation d’un peuple qui, comme disait Camus, sait que vivre, c’est s’engager. (…) Toutes ces années ont été terribles mais je ne crois pas que je pourrais être encore vivante sans l’engagement qu’ils nous ont apporté à nous tous qui ici, vivons comme des morts." [...]
extraits de la lettre de 12 pages adressée par Ingrid Betancourt à sa famille en décembre 2007, source : site internet Le Figaro
Que tout le monde se réjouisse de cette libération, c'est légitime. Soulagement, joie, admiration, compassion, les sentiments ne manquent pas pour accompagner cette libération d'Ingrid Bétancourt! On ne peut qu'être solidaire du bonheur retrouvé de cette famille!
Et maintenant?
La surmédiatisation a sans doute ralenti certaines opérations pendant tout ce temps de rétention, tout en permettant des récupérations pas toujours passées inaperçues (rappel : note d'avril : ici). Nous avons assisté à un matraquage médiatique résultant d'une réelle méconnaissance de la situtation locale et des enjeux réels de la prise d'otages en Colombie. Le retour d'Ingrid va susciter des démarches de communication pas toujours impartiales, et privilégiant parfois les effets d'annonces et le voyeurisme; la fascination pour l'héroïsme puise ses sources dans l'émotionnel, dans la personnalisation de fantasmes qu'on vit par procuration. Surtout à l'époque des modèles imposés par le projet de Sarkozy, fondé sur l'avoir plus que sur l'être. "Qui est Ingrid Bétancourt et quels sont ses prochains combats?" est une question qui pourrait rapidement se transformer en une série de questions, une série d'épisodes, dont les différentes intrigues reposeront sur le côté magique de l'histoire de ce combat pour des convictions dans lequel on ne retiendra que les réactions et les ressentis... Le modèle de la gloire et non de l'idéal.
Ingrid mène un combat pour la liberté, certes, mais saura-t-elle se libérer des pièges qu'elle ne connaît pas encore et dans lesquels ses enfants et ex mari sont déjà tombés, par excès de volontarisme et de toute bonne foi? Un peu de silence et de respect de ce retour en famille pourraient être préconisés... et un peu de pudeur de la part des consommateurs de l'info seraient bénéfiques... Mais...
*citation de Lessia Oukrainka (féministe ukrainienne, 1871-1913), Le Maître de Pierre
00:02 Publié dans débats | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : liberté, liberté de la presse
27.06.2008
immigration, éthique et tests ADN
Le Comité Consultatif National d'Ethique (CCNE), chargé d'étudier et de rendre un avis sur un décret d'application de la loi Hortefeux sur l'immigration, s'oppose aux tests ADN dans le cadre du regroupement familial. Cette consultation est en effet prévue par la loi.
Ce qui est rappelé en substance : la filiation ne s'établit pas par les gènes ou par la science, la biologie, mais plutôt par une histoire. Et outre la dimension éthique, il subsiste aussi des ambiguïtés au niveau juridique (concernant le consentement des étrangers qui vont être soumis aux tests), aucune garantie n'est donnée sur l'accord pour le regroupement familial en cas de "filiation prouvée", et il manque aussi l'assurance que les tests ADN ne seraient pas conservés et utilisés à d'autres fins. Les multiples amendements rendent également le texte très peu lisible.
Qu'adviendra-t-il donc de cette loi? Le CCNE ouvre-t-il un nouveau débat, qui ne pourra pas être taxé de clientéliste ni de partisan, mais de réellement objectif, éthique et humaniste? A suivre.
Ci-dessous le le texte de l'avis du Comité d'éthique du 26 juin 2008, publié hier soir par Mediapart :
"Vu l'article 13 de la loi n°2007-1631 du 20 novembre 2007 relative à la maîtrise de l'immigration, à l'intégration et à l'asile;
Vu le projet de décret pris en application de l'article 13 précité,
émet l'avis suivant:
Il rappelle que, dans un avis en date du 4 octobre 2007, intitulé "Migration, filiation et identification par empreintes génétiques", il a manifesté son hostilité à l'usage des tests génétiques; il ne peut que réitérer cette prise de position.
Dans les articles R 211-4-5 et R 211-4-6 du projet de décret il existe une ambiguïté. Ces textes visent à la fois la «demande» d'identification par empreintes génétiques et le «consentement» des personnes dont l'identification est recherchée. Les deux démarches sont nettement distinctes sur le plan juridique.
Comment comprendre que les textes réglementaires soient codifiés alors que la loi ne prévoit qu'une «expérimentation» ne pouvant excéder 18 mois.
L'article 13 I alinéa 2 de la loi prévoit l'intervention du TGI de Nantes devant lequel un débat contradictoire doit s'instaurer. Or le projet de décret ne contient aucune mesure permettant la présence effective de l'étranger devant la juridiction.
Le projet de décret ne précise pas si le candidat qui aurait rapporté la preuve de sa filiation par recours à un test génétique obtiendra le visa demandé.
Afin d'éviter toute possibilité de croisement de fichiers ou d'utilisation de tests génétiques à des fins autres que celles visées par la loi, il est indispensable que le projet de décret précise les garanties données à l'étranger pour la protection de sa vie privée.
En conséquence le CCNE émet un avis défavorable au projet qui lui a été soumis. "
07:30 Publié dans débats | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : liberté, droits de l'homme
25.06.2008
LOUNES MATOUB, 10 ans après
Lounes Matoub (Taourirt Moussa, 24/01/56, route de Ath Douala, 25/06/98), chanteur et poète kabyle. 10 ans qu'il est mort assassiné, 10 ans que sa femme tente de lever les mystères sur cette affaire, en vain, des blocages subsistent de toute part, impossible de faire avancer cette enquête. Il est plus commode d'attribuer les responsabilités uniquement au GIA (qui revendique l'assassinat), mais cette thèse est insatisfaisante pour tous les proches de Lounes Matoub, ainsi que pour les associations et organisations de défense des droits de l'homme.
Chanteur et poète avant tout, Lounes Matoub s'est surtout fait connaître et reconnaître par ses engagements et ses prises positions politiques concernant :
- la défense de l'identité et de la culture amazighe
- les valeurs de la démocratie
- la laïcité
"Les gens me connaissent beaucoup plus à travers mes cassettes et disques. La raison est que les médias, principalement la T.V. et les chaînes de radio nationales n'ont jamais levé le veto me concernant. De ce fait, j'ai été tout le temps interdit d'antenne. Je ne suis pas considéré peut-être par eux comme un chanteur au même titre que les autres. Il semblerait que je sois un trouble-fête. Ce n'est qu'après octobre que certains ont "osé" parler de moi. Timidement donc, je commençais à faire surface. Mais j'étais toujours en garde-à-vue. Et je crois que jusqu'à maintenant ce mutisme continue à mon égard." Matoub Lounès - Horizons le 25/26 mai 1990)
En 1994, il fut détenu durant deux semaines par un groupe armé islamiste, puis libéré grâce aux manifestations très suivies et passionnées de tout le peuple kabyle. Il a publié par la suite le récit de cette enlèvement dans Rebelle, puis a donné un récital au Zénith de Paris quelques mois plus tard, en 1995, dont voici un extrait :
Et encore pour le découvrir: Un de ces derniers textes (chanson)
LA VERTU DÉPRAVÉE
La Vertu est bienfait, dit l'adage :
Elle est malice de la pureté,
Âme vertueuse qui choit toujours se relève.
Elle façonne le visage posthume
Et nourrit la gloire à son éclosion,
Qui a vertu a postérité.
Eh bien moi, frères, la vertu m'écœure,
Une fois que nous nous sommes répudiés,
L'opulence retentit de mon nom...
Point de cabane au loin qui ne frémissait,
Ni de vapeurs opiacées qui ne s'envoûtaient,
Aux chants d'El-Hesnaoui, d'El-Anqua.
De perversité j'ai pavé mes vœux,
Aujourd'hui me harcèle au scandale
La revanche qui surgit à l'improviste.
D'aucuns clament : jamais ne prospère
Celui qui vit sans roguerie :
Voici le temps venu, soyons arrogants.
Vers la ruse donnons-nous licence,
Nous enduirons de souillure
Ceux qui se vêtent de vertu.
Par l'immense abîme, toute ma richesse,
Et par mon sang se déversant à flots,
Je suis estropié, chacun me conspue.
Mais jougs dévorés de rouille, jougs déferrés,
Jougs qui ne peuvent plus me figer
Dans le sillon du champ de la probité ;
Ces paupières jadis emplies de pudeur,
Jamais plus ne se baisseront, jamais,
Fût-ce devant qui m'inspirait respect !
La fraternité, je lui briserai les reins,
Je lui tisserai un beau linceul,
Aux maelstroms, je la livrerai.
De l'amitié je carderai la beauté,
Je la ravagerai à la chaux de la ruse,
Comme à la boue de ma hideur.
Je m'appuierai sur quiconque est nanti,
Armé de haine pour tout autre,
Quand il naîtrait de mes racines.
La main de Dieu je la ferai mienne
Et je ferai crouler toute sagesse,
Je la bannirai de mon paysage.
Les malfaisants, je les convierai ;
Par leur force je terrasserai
Ceux que mon cœur n'aura pas enferrés.
C'est le dépravé tapi dans la bassesse,
Lui qui crache au visage de l'honneur,
Qui élucide le nœud de l'Histoire.
C'est la brute gavée à notre faim
Qui a conquis et brandit le sceptre,
Il a empire sur toutes contrées.
Si ton village vénère l'aliboron,
Sois donc au nombre des premiers
À l'asservir par l'appât de l'avoine.
Si cette ère devient oppressante,
Fuis ! Foule d'autres terres ;
Oublie quel fut le visage d'hier.
Extrait du disque Au nom de tous les miens, Paris, Blue Silver, 1997.
traduction : Yalla Seddiki
sources : Mediapart, Wikipedia, Amazighworld.
13:40 Publié dans débats | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : démocratie, liberté, droits de l'homme
18.06.2008
Vous n'êtes pas les bienvenus...
"Bienheureuse la ville qui a reçu cet homme en son sein, bien ingrate si elle l'a chassé, bien misérable si elle l'a perdu!" Cicéron, Pro Milone.
"Nous avons été chassés du Paradis, mais le Paradis n'a pas été détruit pour cela. Cette expulsion en quelque sorte est une chance, car si nous n'en avions pas été chassés, le Paradis aurait dû être détruit". Franz Kafka, Journal intime.
Champ lexical de l'expulsion, de l'exclusion.
Malgré les voix des associations, des ONG, des représentants de pays du Sud (comme Evo Morales), malgré les protestations, les manifestations, malgré Michel Rocard, malgré Jacques Delors, la majorité a tranché (307 voix pour, 206 contre et 109 abstentions) : la "chasse aux clandestins" est lancée en Europe... et adoptée par le Parlement Européen.
Extrait article Mediapart : " Sur 493 millions d'habitants, dont 20 millions d'étrangers, l'Europe compterait entre 4,5 et 8 millions de sans-papiers (contre 12 millions aux Etats-Unis), selon les estimations de la Commission européenne. Ce chiffre augmenterait de 350.000 à 500.000 personnes chaque année.
En préparation depuis trois ans, ce texte, appelé «directive retour», fragilise un peu plus cette population. Il prévoit qu'un sans-papiers puisse être retenu pendant une période de dix-huit mois (au maximum) dans un centre de rétention avant son expulsion. Une fois retourné dans son pays d'origine, il sera interdit de territoire européen pendant au moins cinq ans (davantage s'il représente une menace «sérieuse» pour la sécurité publique).
Les enfants et les familles se verront proposer des alternatives à la rétention, mais en dernier ressort, ils pourront être expulsés. Les mineurs non accompagnés ne seront pas non plus protégés.
Alors que 201.870 étrangers ont fait l'objet d'un renvoi d'un des Etats membres en 2006, cette directive s'inscrit dans la tendance, réactivée depuis le 11 septembre 2001, à la multiplication des contrôles et au développement des murs (comme les barbelés de Ceuta et Melilla, séparant le Maroc de ces enclaves espagnoles) et des camps, [...]."
Paradoxe : d'un côté on plebiscite l'ouverture des frontières en faveur d'un rééquilibrage de la démographie et aussi pour palier les besoins de main d'oeuvre, et de l'autre on ferme les portes aux indésirables. Va-t-on parallèlement créer une structure de recrutement avec des critères permettant de choisir ceux qui peuvent prétendre entrer et rester en Europe, et ceux qui sont isolés en camp de rétention et renvoyés dans leur pays d'origine? Il y a ce que Michel Foucault nommait les citoyens légitimes, et les illégitimes, selon la volonté arbitraire de la puissance souveraine, qui consiste à stigmatiser certains individus, certaines personnes. Une réflexion sur l'intégration serait un préalable à la définition des critères d'inclusion et d'exclusion, ce qui présupposerait néanmoins l'existence d'une culture europénne de référence. Dans un espace politique vide, la délibération n'a pas lieu d'être, et la citoyenneté démocratique ne peut être qu'instrumentalisée à la tendance du moment. Et si cette tendance est à la peur, au doute, le repli identitaire n'est jamais loin, et la différence de l'autre est reconnue comme une menace, sauf si la place de cet autre est prédéterminée et reconnue par la tendance comme d'utilité publique... (si cet autre est appelé..)
Pour terminer, quelques mots d'Aimé Césaire, tirés de Cahier d'un retour au pays natal
"Partir. Mon coeur bruissait de générosités emphatiques. Partir... j'arriverais lisse et jeune dans ce pays mien et je dirais à ce pays dont le limon entre dans la composition de ma chair : « J'ai longtemps erré et je reviens vers la hideur désertée de vos plaies ».
Je viendrais à ce pays mien et je lui dirais : Embrassez-moi sans crainte... Et si je ne sais que parler, c'est pour vous que je parlerai».
Et je lui dirais encore :
« Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s'affaissent au cachot du désespoir. »
Et venant je me dirais à moi-même :
« Et surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous croiser les bras en l'attitude stérile du spectateur, car la vie n'est pas un spectacle, car une mer de douleurs n'est pas un proscenium, car un homme qui crie n'est pas un ours qui danse... »"
22:36 Publié dans débats | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Europe, liberté
17.06.2008
Ambition et Ambitieux...
Question qui aurait pu faire l'objet de quatre heures studieuses pour nos futurs bacheliers, hier lors de l'épreuve de philosophie : Toutes les ambitions sont-elles légitimes?
Il s'agirait pour nos apprentis philosophes de dégager d'abord une problématique : on commence par travailler sur la définition du terme ambition, qui revêt souvent une consonance très péjorative, on parle de personnages "dévorés par l'ambition", on les montre du doigt, on les stigmatise et on les repousse même! Alors que ce terme renvoie essentiellement au désir et à la volonté marquée d'atteindre un but, un objectif, le pouvoir, en quoi est-il critiquable en soi? Tout va dépendre finalement des finalités qui guident cette ambition, et des moyens que l'on va utiliser pour atteindre ses objectifs...
Dans la discussion, on s'inspirerait bien sûr de Machiavel (le Prince), et on justifierait ainsi certaines atteintes à la morale en rappelant la vertu de l'efficacité... "Que le Prince songe donc uniquement à préserver sa vie et son Etat : s'il y réussit, tous les moyens qu'il aura pris seront jugés honorables et loués par tout le monde." On pourrait rappeler certaines grandes figures révolutionnaires qui ont donné leur vie et surtout celles des autres pour la liberté, ou une certaine idée de la liberté...
Puis on poursuivrait en faisant intervenir la morale, l'éthique, des traditions judéo-chrétiennes aux doctrines juridiques qui impliquent le droit de défense des victimes; tout n'est pas permis pour servir les objectifs d'une seule personne ou d'un groupe de personnes; le respect de l'autre est une des première limite qui remet en question la légitimité d'une ambition!
Bref, être ambitieux tout en étant démocrate, c'est mettre en œuvre un projet d'intérêt général, qui répond à des attentes et qui prend en compte la liberté de tous ceux qui seront affectés par le projet.
Et ce qui va légitimer l'ambition réside justement dans les méthodes et les étapes qui vont se succéder jusqu'à ces objectifs; c'est le cas pour le projet européen, et pour tout projet de société... Fixer des étapes et rendre lisible, faire en sorte que l'ambition de quelques uns soient l'ambition de la majorité, et de la multitude. Et on ne parlera plus d'ambition mais d'avenir!
Ce soir, quelle est l'ambition de l'équipe de France de football? Gagner son match, gagner la coupe, jouer un bon football? Le jeu et la stratégie développés seront-ils à la hauteur de l'ambition choisie? Pour qui jouent-ils ce soir???
Réponse dans... très peu de temps...
Petit film... machiavélique (mais l'efficacité est-elle au bout?)! Faire du foot autrement, en voilà une belle ambition!
MAJ 23h15 : faire du foot autrement pour gagner! oups... mais si l'ambition non assouvie du coach aboutit au mariage, alors là...
20:50 Publié dans débats | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : démocratie, liberté


