03.06.2008

Pour une vision humaniste de la lutte contre la pollution

Version siècle des Lumières : "Le premier qui, ayant enclos un terrain, s'avisa de dire : "Ceci est à moi", et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile" (Rousseau, Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les Hommes).

Version écolo : "Le premier vivant qui ferma un terrain en s'avisant de pisser sur son pourtour devint le premier propriétaire en même temps que le premier des pollueurs" (version imaginée par M Serres)

Version Michel Serres : "Le premier qui, ayant enclos un jardin, s'avisa de dire : "Ceci me suffit", et demeura égonome sans baver sur plus d'espace, fit la paix avec ses voisins et garda le droit tranquille de dormir, de se chauffer, plus le droit divin d'aimer".

 

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Un humaniste, Michel Serres, qui s'interroge sur l'origine de la pollution et qui sur la base de cette analyse propose sa réponse toute personnelle à l'évolution de nos comportements. Si les causes sont humaines, les réponses le sont aussi. Plutôt qu'une lutte contre les comportements, Michel Serres propose de s'attaquer aux intentions qui nous conduisent à polluer. Et ces intentions originelles se situent dans nos instincts animaux d'appropriation de l'espace.

A Descartes qui nous invite à devenir maîtres et possesseurs de la nature, il répond par une exigence de dépossession du monde, qui en réalité correspond à une limitation de notre besoin d'étendre toujours plus notre territoire (expansion de nos domaines, publicité sur nos murs et marques qui nous possèdent, fumées, produits pesticides, etc).

A Rousseau qui attribue le droit de propriété à une convention, il répond par le droit naturel : nous nous approprions les lieux et les choses en les salissant, de la même manière que les animaux : comme les sangliers pissent pour délimiter leur territoire, l'homme crache dans la soupe ou salit ses draps, et ainsi les fait siens. Le propre (sens originel), c'est le sale.

 

Et à partir de ce nouveau paradigme, qui part des causes humaines de la pollution et non des méthodes, ses réponses permettent d'envisager différemment le respect de l'environnement, et remettent en cause directement le droit de propriété. L'espace aujourd'hui n'a plus la même définition qu'il y a quelques années, car grâce à Internet et à d'autres nouvelles techniques, nous n'habitons plus le monde en surface, et les bornes délimitant les frontières de nos mouvements ont disparu. Notre instinct de propriété et donc de pollution révèlent notre origine animale, mais les nouvelles dimensions de notre espace nous conduisent et nous accompagnent vers l'hominisation; prendre conscience de cet état de fait nous permet de nous libérer de nos instincts primaires, et donc de nous rapprocher des hommes et du monde. Par l'éducation et la compréhension de notre environnement, nous comprenons que nous ne sommes pas des possesseurs mais des locataires de la nature. En modifiant nos intentions, nous modifions notre rapport au monde et nous nous rapprochons de notre monde.

Michel Serres nous livre tout son raisonnement de manière si fluide et si chantante, avec un amour des mots dont le sens est toujours exprimé à travers son histoire étymologique, religieuse, historique, que ce livre de philosophie se lit comme un poème...et nous invite à être humain, dans son sens le plus profond et le plus beau.

19.05.2008

La position de Cap21 vis à vis du texte de loi sur les OGM

Corinne Lepage et Cap 21 soutiennent une autre démarche que celle présentée plus bas, concernant le vote de la loi OGM :

communiqué de presse :
OGM: Cap21 demande un nouveau texte
14/05/2008

CAP 21 se réjouit de ce que la démocratie l’ait emporté dans le cadre du vote de la loi OGM, l’absence des députés UMP dans l’hémicycle traduisant leur souhait, pour beaucoup d’entre eux, de répondre à l’attente de 82 % des Français qui ne souhaitent pas de loi laxiste sur les OGM.

En revanche, CAP 21 s’étonne des propos qui ont été tenus selon lesquels les termes de la loi seraient dus au cadre strict de la directive communautaire.

CAP21 tient tout d’abord à rappeler qu’en l’état actuel des choses la protection des Français au regard des OGM est très inférieure à celle que garantit la directive 2001/18 : pas de droit à l’information, pas d’étude sur la santé rendue publique, pas d’étude des milieux récepteurs, pas de responsabilité.

En second lieu, CAP21 tient à rappeler que la directive laisse de nombreuses possibilités de transcriptions et, la comparaison de la loi espagnole et de la loi allemande démontre très clairement que l’on peut avoir soit une lecture laxiste (70 000 hectares d’OGM cultivés l’année dernière), soit une lecture rigoureuse comme l’Allemagne où quasiment aucune parcelle d’OGM n’est cultivée.

CAP21 demande que la démocratie soit respectée et qu’un nouveau texte soit élaboré permettant un véritable débat parlementaire et non pas le simulacre de démocratie auquel il faut s’attendre avec le recours à la Commission Mixte Paritaire.

 

 

Suite à ce communiqué, on peut se dire que la position idéale est de refuser en bloc le texte précédent pour qu'il soit rejeté plutôt qu'amendé. Mais quand la démocratie ne fonctionne pas et que les textes passent en force, quelle position adopter quand on est simple citoyen sans accès au pouvoir? Comment s'exprimer avec force quand on n'est pas entendu? Il y a des réponses radicales et intransigeantes, et d'autre positions qui s'obligent au réalisme et optent pour un moindre mal... en attendant mieux.

 Etre fidèle à ses convictions tout en étant pragmatique, c'est prendre en compte la complexité des situations et y répondre de manière forte, mais tant qu'on n'a pas la force du nombre, on est dans l'impasse. Il y a suffisamment de défis pour les partis politiques engagés dans la démocratie, mais combien de temps faudra-t-il pour être armé et répondre non seulement de manière forte mais aussi efficiente aux questions essentielles de notre avenir? Et en attendant, quels choix devons-nous faire dans l'urgence, comme c'est le cas avec la proposition de cette loi? Cette loi passera sûrement, libre aux citoyens de ne pas acheter ces produits, mais il faut qu'ils soient informés!

OGM : une question et une requête aux Sénateurs du groupe Union Centriste

 Alors que le prochain vote de l'Assemblée nationale sur le texte OGM, rejeté par les députés mardi 13 mai devrait avoir lieu dès demain 20 mai, le Parti Socialiste propose un référendum; au MoDem, Franz Vasseur et Jacques Maret, militants actifs du Mouvement Démocrate, s'adressent aux sénateurs du Groupe Union Centriste :

 

PETITION POUR SIGNATURE: ici

OGM : une question et une requête

Mesdames et Messieurs les Sénateurs du groupe Union centriste,

Nous sommes adhérents du Mouvement Démocrate sans a priori idéologique sur les organismes génétiquement modifiés (OGM) : nous ne sommes ni pour, ni contre. Simplement, nous constatons qu'il n'y a eu pas de test scientifique sérieux (au moins sur 2 ans) sur ces produits et nous sommes inquiets quant à l'impact possible en matière de santé publique du projet de loi n°819. D'où une question (1) et une requête (2).

1.      Question : Ne faut-il pas des études d'impact des OGM sur la santé avant d'adopter cette loi ?

Le 22 mai, vous aurez à vous prononcer sur ce projet de loi qui prévoit que les OGM pourront être cultivés, commercialisés et utilisés sur autorisation. Dans cette perspective, nous souhaiterions attirer votre attention sur le test réalisé par l'entreprise Monsanto, principal acteur, pendant 90 jours sur un groupe de 400 rats, concernant le maïs génétiquement modifié MON 863. Les données de cette expérimentation ont été analysés par le CRIIGEN et les universités de Caen et de Rouen (MM. Gilles-Eric Séralini, Dominique Cellier, Joël Spiroux : http://www.criigen.org/index.php?option=com_content&t...), analyse ci-jointe en français. Il en ressort que les rats ayant été nourris avec maïs transgénique MON 863 présentent notamment les symptômes suivants après 3 mois :

-          Impact sur la charge pondérale et perturbation hormonale : On constate (page 2) « une diminution de 3,3% du poids pour les mâles et une augmentation de 3,7% pour les femelles ».Cette variation serait due à une perturbation hormonale et à des dysfonctionnements d'organes (page 12).

-          Augmentation de triglycérides et risque de nécrose du foie chez les femelles (page 10) : « Chez les femelles, les triglycérides ont été spécifiquement augmentés chez les groupes d'animaux traités aux OGM qui avaient des foies et des poids au-dessus de la normale. En fait, les triglycérides ont augmenté de 24-40% chez les femelles nourries aux OGM (soit à la semaine 14, dose 11%, ou à la semaine 5, dose 33%, respectivement) ». Cette perturbation du métabolisme des triglycérides peut conduire à des nécroses du foie (page 12).

-          Perturbation et/ou atteinte des reins chez les mâles : Sont constatées une « diminution des protéines sériques » et des « chutes en excrétion de phosphore et de sodium urinaires chez les mâles, de 31-35 % » (Page 10). L'étude en déduit un risque de « néphropathie progressive chronique classique » et conclu « qu'une toxicité rénale liée aux OGM chez les mâles est observée » et que « les deux organes de détoxification majeurs, le foie et le rein, ont été perturbés dans cette étude » (pages 13 et 14)

Variations de poids liées aux hormones, perturbation du foie et des reins, variations et perturbations différentes selon le sexe : ne s'agit-il pas d'indices d'un risque potentiel pour la santé publique ? Vu les premières conséquences sur la santé d'une étude sur seulement trois mois, il faudrait, pour se déterminer utilement, disposer d'une étude d'évaluation des risques liés à la consommation d'OGM sur deux années, comme en matière d'engrais et pesticides ou de médicaments. Ce qui aurait du être fait pour l'amiante ou la vache folle.

Et notre question : vu la Charte de l'Environnement (article 1 et 5), l'intérêt public ne commande-t-il pas de reporter l'adoption de ce projet de loi dans l'attente de telles études ?

2.      Requête : Il faut respecter la loi européenne et imposer un étiquetage des aliments OGM.

Par ailleurs, il est indispensable que ce projet de loi pose explicitement une obligation légale d'étiquetage « OGM » des aliments pour humains et animaux contenant des organismes génétiquement modifiés, leur proportion et leur type.

Profondément européens, il nous faut respecter le Règlement (CE) n° 1830/2003 du Parlement européen et du Conseil du 22 septembre 2003 qui impose la traçabilité et l'étiquetage des organismes génétiquement modifiés. Cet étiquetage donne aux consommateurs la faculté de choisir leur alimentation.

En vous remerciant de l'attention que vous consacrerez à cette question et cette requête, nous vous prions de croire en notre sincère considération.

 Franz Vasseur et Jacques Maret

 pour compléter : télécharger le texte présentant une étude remarquable à ce sujet.Article_S..[1].pdf

personnellement, je suis contre cette loi et j'espère que tenant compte de ces textes, nos élus ne l'adopteront pas justement parce que les tests n'ont pas eu lieu; en attendant, cette pétition permet d'engager ce débat.