14.03.2009

Un poète s'en est allé...

Alain Bashung.

Ce poète et compositeur aux textes souvent énigmatiques et aux mélodies accrocheuses, rythmées ou mélancoliques, est décédé aujourd'hui...

 

L'album "Fantaisie militaire" est dans ma voiture, je l'écoute de temps en temps, c'est mon préféré d'Alain Baschung.

 

extraits de textes :

Je serai toujours cet étranger
Au regard sombre
Un rebel dans vos villes de contraste
Yé n'en pé plou
(Rebel)

 

Ma petite entreprise
Connaît pas la crise
S'expose au firmament
Suggère la reprise
Embauche
Débauche
Inlassablement se dévoile
(Ma petite entreprise)

 

Vertige de l'amour
Désir fou que rien ne chasse
L'cœur transi reste sourd
Aux cris du marchand d'glaces
Non mais t'as vu c'qui s'passe
J'veux l'feuilleton à la place
Vertige de l'amour.
(Vertige de l'amour)

 

ma préférée :

Entre tes doigts l’argile prend forme
L ’homme de demain sera hors norme
Un peu de glaise avant la fournaise
Qui me durcira

Je n'étais q’une ébauche au pied de la falaise
Un extrait de roche sous l’éboulis
Dans ma cité lacustre à broyer des fadaises

(Malaxe)

 

 

et en concert, une de ses chansons les plus émouvantes : "La nuit je mens"

 

 

 

10.11.2008

Au revoir... mama Africa, voix des souffrances des autres - why-o

Je me demandais la semaine dernière quelle aurait été la réaction d'Aimé Césaire aux différentes analyses faisant suite à l'élection d'Obama, je ne sais pas quel nom d'étape il aurait donné à cet événement sur le chemin de la négritude.
 
Mama Africa, elle, a vécu ce moment. Pas longtemps. Elle était sur toutes les scènes. Les scènes de concert du monde entier, mais aussi les scènes des combats et des prises de position en faveur de la liberté des peuples, des hommes collectivement ou individuellement. Elle disait qu'elle savait surtout chanter, elle a donc tout exprimé dans ses chansons, qui, chez elle, à Johannesbourg, représentaient plus que des mélodies ou des textes à écouter et retenir, chez elle il s'agissait d'une tradition orale pour communiquer, un art de transmettre la culture d'un peuple de génération en génération, de voisin à voisin. D'un peuple qui a beaucoup souffert des séparations de l'apartheid.
 
Elle est morte cette nuit. A la fin d'un concert de soutien. Elle venait de donner sa voix et ses chansons à Roberto Saviano, auteur de Gomorra, "condamné à mort" pour oser exprimer d'autres combats... La liberté tue encore aujourd'hui, en Europe. L'Europe de la mafia et de l'injustice à laquelle on n'a pas trouvé de réponse parce que, comment dire... seuls les concerts prennent en charge la défense de certaines oppressions; la communion d'artistes fonctionne mieux et plus vite que la communion des politiques... et ce n'est pas Eva Joly qui contredirait cette consternation face au laisser faire ouvrant la voie à la corruption.
 
Comme un écho à mon petit article d'hier rappelant qu'en ce jour anniversaire de la chute du Mur de Berlin il faut briser tous les obstacles créant des antagonismes là où le rassemblement permet la réflexion globale pour sortir des impasses, le texte de sa chanson Can't cross over (river come down) ci-dessous a quelques accents d'actualité.
 
Sous ce texte poétique, une vidéo présentant une interview de Miriam Makeba, qui exprime tout son bonheur de chanter, et rappelle que son objectif n'est pas de faire de la politique, mais tout simplement de chanter les souffrances de son peuple... Effectivement, dénoncer des souffrances, c'est ouvrir le chemin de la politique qui s'acharnera à trouver les réponses à ces souffrances et à faire tomber les murs. Nelson Mandela a joué l'homme providentiel, incarnant une certaine forme de réconciliation, formulant la traduction politique de l'élan insuflé par les chanteurs... Chez nous, "au pays des droits de l'homme" ce sont souvent les maîtres-chanteurs qui donnent l'élan et formulent les réponses...
                                                                        
Can't cross over (river come down) 
 
The river come down
The river come down
River come down
I can’t cross over
Why-o, why-o, why-o
I can’t cross over

I wanted to go down
To the other side of town
There was water all around
And I couldn’t cross over
Why-o, why-o, why-o
I can’t cross over

Well a gal she come by
And I give she the eye
So she started to sigh
And I couldn’t cross over
Why-o, why-o, why-o
I can’t cross over

The river come down
The river come down
River come down
And I couldn’t cross over
Why-o, why-o, why-o
I can’t cross over

Now bird he can fly
Foggy jump high
Fishes never die
And I couldn’t cross over
Why-o, why-o, why-o
I can’t cross over

A well I stole me a kiss
I couldn’t resist
Just think what I’d a miss
If I could have crossed over
Why-o, why-o, why-o
I can’t cross over

The river come down
The river come down
River come down
And I couldn’t cross over
Why-o, why-o, why-o
I can’t cross over

I had a curiosity
Now I got a family
Bouncing baby on my knee
‘Cause I couldn’t cross over
Why-o, why-o, why-o
I can’t cross over

So when you see your neighbor daughter
Better run for the water
You’ll do things you hadn’t ought to
If you can’t cross over
Why-o, why-o, why-o
I can’t cross over

The river come down
The river come down
River come down
And I couldn’t cross over
Why-o, why-o, why-o
I can’t cross over
                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
l'interview de Miriam Makeba née à Johannesbourg le 4 mars 1932, décédée cette nuit

04.11.2008

Bach, au bas mot...

BHL disait ce soir dans l'émission "Le Grand Journal" que nous nous souviendrions tous de ce que nous faisions ce 4 novembre 2008... Beaucoup se souviendront donc qu'ils étaient à l'affût toute la nuit du moindre nouveau chiffre, de la moindre nouvelle estimation, de toutes les réactions, le Champagne ou le Crémant d'Alsace à la main, prêts à sabrer la bouteille au moindre sourire de satisfaction d'Obama...  Certains font même les choses bien, ensemble, nourrissant l'événement de leurs débats et de leurs commentaires... Ils pourront dire qu'ils y étaient.

 

D'autres, conscients de "ce qui se joue", mais ayant l'audace de poursuivre malgré tout leur petite vie normale, auront quand même deux ou trois souvenirs marquants,symboles de la réalisation du grand espoir retenant le souffle du monde entier, quelques souvenirs à enfouir dans leur besace et à ressortir à l'occasion des conversations qui dans un an, dans quatre ans, dans vingt ans, seront l'occassion d'analyser les changements et l'impact de cette élection historique...

 

Ce jour sera pour moi celui où j'ai enfin découvert sous les doigts d'Hélène Grimaud, une nouvelle interprétation de l'oeuvre de Bach. J'aimais l'écouter jouer Chopin, Brahms ou Beethoven, et je ne m'attendais pas à ... Bach. Son interprétation est pourtant magnifique, on ressent l'âme de la pianiste rebelle et énigmatique, et elle nous fait partager son admiration pour ce compositeur, dont elle disait la semaine dernière sur Radio Classique qu'il nous rapporche du mystère de l'invisible, qu'il crée un pont entre l'homme et le spirituel. Rebelle et énigmatique, lui aussi.

 

Ce n'est peut-être pas par hasard que je souhaite parler de Bach et d'Hélène Grimaud aujourd'hui-même...  

 

Quel pianiste ayant fait ses premières gammes en école de musique ou au conservatoire n'a pas répété inlassablement quelques pages de préludes, de fugues, et autres morceaux pour clavier plus ou moins bien tempéré selon les talents? Bach est celui qui pour cette grande interprète incarne aussi tous les possibles, celui qu'on redécouvre chaque fois qu'on l'écoute et qu'on joue ses airs, celui qui "crée un spectre de possibilités infinies", celui avec qui l'on "peut tout oser", celui qu'on "ne cesse jamais d'explorer".

 

Bach comme on ne l'avait jamais entendu donc, par Hélène Grimaud, cette musicienne qui manie aussi bien les mots que les notes de piano, et qui écrivait en 2005, dans Leçons Particulières, que j'avais lu dès sa sortie en une journée : "J'étais parfaitement d'accord avec eux lorsqu'ils avaient dénoncé le spectacle désolant de l'humanité dans ses souffrances, et peut-être plus désolant encore dans son indifférence à ces souffrances - l'humanité dans son atroce égoïsme. C'était vrai, cet acharnement de taupe à creuser pour sa seule prospérité, pour emmagasiner encore plus de richesses personnelles, encore plus de jouissance dans une misère spirituelle sans égale qui ne pouvait que blesser le coeur profondément, si profondément qu'on avait alors une seule envie : fuir, plonger sa tête dans le sable, répudier l'univers et avec lui ses sources d'inquiétude et d'angoisse.[...]

[...] Qui donnerait encore l'exemple? Qui entretiendrait cette étincelle de vie, si chacun s'enfermait dans sa tour? Qui instillerait dans ces consciences la seconde de doute nécessaire pour qu'y resurgisse l'essence de l'homme : ce mystère intemporel, plus précieux que jamais et que seul l'individu, chaque individu, a le destin de défendre."

 

En attendant de savoir si le visage de notre "destin" sera bien celui qui fait rêver aujourd'hui tant d'hommes et de femmes, écoutons Bach qui lui aussi, selon les termes d'Hélène Grimaud, incarne "la joie empreinte de gravité" de tous ses auditeurs.