09.05.2009
Voyage à l'intérieur de soi-même : l'unification européenne
9 mai 2009, journée de l'Europe. Petit hommage...
Il y a un an jour pour jour, j'assistais à deux événements majeurs à Strasbourg :
- la sortie du livre de Daniel Riot, L'Europe cette Emmerdeuse, qui donnait lieu en ce jour à un débat à la librairie Kléber.
- le blog Relatio de Daniel Riot devient un vrai web-magazine européen : Relatio- Europe, inauguré à la mairie de Strasbourg par Jacques Delors
Ce fut une belle journée, on parla d'Europe pendant des heures, et même mieux, on fêta l'Europe, sans s'en tenir à des termes techniques auxquels la majorité reste hermétique... j'avais écrit un petit billet-souvenir : ici
Aujourd'hui, en ce jour anniversaire de la sortie du livre et de la naissance du site internet, Daniel Riot n'est plus là pour fêter l'Europe. Mais ses écrits restent, l'occasion pour moi de reproduire un extrait de l'Europe cette emmerdeuse, p34 :
A la question de Sandrine Kauffer "L'Europe pour vous ne se réduit pas à l'Union Européenne et la mécanique communautaire vous intéresse comme moyen, non comme fin" ;
Daniel Riot répond : "Absolument. Je regrette d'ailleurs que l'on réduise l'Europe à l'Union. L'Europe? C'est l'espace du Conseil de l'Europe, c'est l'euro-Méditérranée, c'est l'Eurosphère. Et l'actualité européenne n'est pas celle des institutions et des organisations.
C'est celle de la vie intérieure des pays qui composent l'Europe, des réseaux scientifiques, culturels, artistiques, sociaux, pédagogiques, juridiques, associatifs, humanitaires qui tissent cette toile qui ne sera jamais achevée, des villes et des régions, des théâtres, des ateliers d'artistes et des orchestres, des bibliothèques, des musées, des femmes, des hommes et des enfants...
Romano Prodi a dit un jour : "Après l'Europe constituée, il faudra constituer l'Européen." Erreur. C'est l'Européen qui doit avoir dès auourd'hui - qui aurait dû déjà avoir - les moyens de se forger, de faire émerger, en lui, une identité européenne. Philippe Sollers dit vouloir inscrire sur sa tombe : "Philippe Sollers, écrivain, Européen d'origine française." C'est cela se sentir Européen, et cette affirmation n'est ni en contradiction ni en concurrence avec la nationalité ou l'enracinement dans un terroir. Européen parce que Français, en ce qui me concerne. Et Français parce qu'Alsacien d'origine franc-comtoise".
Quelques pages plus loin :
"[...] la confrontation des expériences, le "limage des cervelles", la comparaison des idées favorisant l'émergence des solutions les plus adpatées aux problèmes à résoudre. C'est l'harmonisation par le haut. Ce qui est vrai au niveau des Etats l'est aussi à l'échelon régional et local. L'emmerdeuse a une série de vertus dont on prend très vite conscience quand on prend la peine de travailler, de légiférer, de réfléchir en tenant compte de la dimension européenne.
[...] la démarche européenne exige un certain courage mental. Il faut sortir de soi-même, de ses référents, de ses habitudes - de sa langue - pour rencontrer les autres, apprendre au contact des autres, élargir son champ de vision. Si l'Europe apparaît comme une emmerdeuse, c'est parce qu'elle se pose, concrètement, dans un de ces carrefours où se nouent et se dénouent les relations complexes entre l'identité et l'altérité. L'unification européenne, c'est davantage qu'une entreprise : c'est un voyage... à l'intérieur de soi-même."
Parler d'Europe pour faire aimer l'Europe, parce qu'elle concerne notre quotidien, c'est la vocation de cette journée du 9 mai, et ce fut la vocation de l'engagement de toute une vie de Daniel Riot.
15:25 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : europe, élections européennes, daniel riot, 9 mai
20.04.2009
y en a qui s'excusent, y en a qui bossent
Je voudrais aujourd'hui présenter mes excuses auprès des lecteurs de blogs de toute l'Europe pour tous ces billets remplis de jolis sentiments qui buzzent sur Susan Boyle et font de la pub à la télé-réalité britannique alors que la mobilisation pour tous les autres européens en général est si faible...
Présenter mes excuses auprès des internautes à cause de la blogosphère qui cherche l'audience avant le débat... Vraiment, toutes mes excuses!
(si quelqu'un pouvait ensuite prendre le relai pour m'excuser de me moquer des blogueurs, ça m'arrangerait...)
"L'Europe est une affaire intérieure" disait toujours Daniel Riot, à qui a été rendu un petit hommage samedi à Strasbourg, lors du débat organisé au cinéma l'Odyssée par Café Babel en compagnie de quatre représentants des listes européennes dans le Grand Est : Jean-François Kahn pour le Mouvement Démocrate, Sandrine Bélier pour Europe Ecologie, Catherine Trautmann pour le PS, et Antoine Herth qui remplaçait le perpétuel absent Joseph Daul de l'UMP (Jean-François Kahn n'a pas manqué par communiqué de presse de déplorer ce manque d'intérêt pour les débats de la part d'un député européen UMP sortant... D'ailleurs personne ne s'est chargé de l'excuser à l'UMP, c'est pas très "tendance" ça...).
La salle était pleine... de militants, je n'ai pas repéré d'anonyme venu écouter pour être convaincu... Des militants et des supporters, donc pas vraiment de question de fond qui pourra vraiment apporter une dimension philosophique à notre avenir européen et à notre intérêt pour cet avenir, hormis peut-être sur la question du logiciel libre et des polémiques autour de la loi Hadopi, pour lesquelles Catherine Trautmann se présente comme la spécialiste (elle travaille sur la réforme du paquet Telecom pour le PE).
Comme l'a rappelé avec force Jean-François Kahn, cette élection européenne est une opportunité exceptionnelle de mettre en valeur la démocratie dans le sens où le Parlement n'est pas un rassemblement de clans qui votent les uns contre les autres et jouent le jeu de l'opposition pour des calculs politiciens. Le Parlement représente l'opinion des diversités et des sensibilités, on y vote pour des projets et pas pour une carrière.
D'où l'importance de l'enjeu de ces futures élections : il nous appartient à nous libres citoyens de voter pour ceux qui défendront les valeurs les plus proches de celles qui sont à l'aube d'un projet de société qui répond à nos attentes.
Si le MoDem prône une révolution humaniste, le PS par la voix de Mme Trautmann plebiscite le besoin pour le PSE d'avoir une majorité pour renverser Barroso et dans ce sens elle nous ressort sans le dire la bonne vieille idée du "vote utile", avec tout le poids de l'appareil qu'on sent bien dans toute la tradition d'un parti socialiste pourtant actuellement hors-jeu dans les débats actuels (qu'on l'excuse... aussi).
Europe Ecologie veut de l'action, de l'action et de l'action, par le bais d'une réponse globale à une crise globale... des voeux pieux qui mettent en valeur le "rassemblement des militants au quotidien" et qui demandent un "Bruxelles" (pourquoi pas Strasbourg?????????? ah oui, ils sont contre...) de l'emploi.... , qui refusent les slogans mais qui ont tendance à sortir des généralités et à s'attribuer de manière exclusive la préoccupation environnementale!
Quant à l'UMP, on ne sait pas trop ce qu'ils veulent défendre, tellement c'est le dernier de leur souci, mais leur timide représentant de dernière minute nous a quand même réaffirmé sa volonté d'anticiper ce qui est écrit dans le Traité de Lisbonne, et son refus de voir l'Europe se transformer en Auberge Espagnole en termes d'immigration (!!!), tout en insistant sur la collaboration dans le cadre de l'Union pour la Méditérannée.
Bon, avec tout cela, les sondages relatifs à la participation pour ces prochaines élections ne vont pas redonner de l'élan à la mobilisation.
Suivons donc les conseils de Jean-François Kahn et interrogeons-nous d'abord sur l'importance d'être enfin représentés par des élus qui votent des projets et non des réponses à des consignes de parti.
Ensuite, nous réfléchirons sur les valeurs portées par les candidats (à condition qu'ils en portent, à la lumière d'un projet de société...).
Suite très prochainement...
13:54 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (24) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : élections européennes, parlement européen, jean-françois kahn, sandrine bélier, antoine herth, catherine trautmann, excuses
11.04.2009
OBAMA : tournée générale de Londres à Bagdad
Je laisse aujourd'hui la place à mon ami Antoine Spohr, une de nos grandes plumes strasbourgeoises spécialisées dans les questions européennes : retour sur le séjour "obamaéen" en Europe.
Par Antoine Spohr :
Epilogue à Bagdad
15:51 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : obama, europe, turquie, défense européenne
22.03.2009
Et si l'Europe était...
Lucia a décidé de "conceptualiser" un nouveau tag et de mobiliser la blogosphère sur le thème suivant :
"Si j'étais l'Europe, je serais? Un personnage, un animal, une plante, un tableau, une chanson.
Si on n'a pas le temps, on n'est même pas obligé de dire pourquoi."
Joli non?
J'aurais du mal à résumer cette jolie initiative en employant le terme "portrait chinois de l'Europe"... Ce serait quelque peu provocateur, même si dans le cadre de la mondialisation galopante qui nous englobe, il est temps de répondre de manière politique et unie au mouvement qui n'attend pas la réponse européenne pour poursuivre sa course infernale à sa guise. Réponse souvent muette, par manque d'unité, de cohérence, de projet commun et de prise en compte de la personne humaine.
Je vais donc tenter de réaliser une "exquise esquisse" de cette "délicieuse enfant" qui manque d'amour comme le rappelle Pierre, qui manque de sens et de visibilité, bref de cette fameuse "emmerdeuse" selon les termes de Daniel Riot.
Si l'Europe était un personnage :
Faut-il choisir un personnage héroïque pour représenter l'Europe et symboliser ainsi les combats qui l'attendent pour enfin définir une ligne politique? Je n'en ai pas envie, afin de ne pas réintroduire cette fameuse attente de l'homme ou de la femme "providentiel(le)", de l'Europe qui sauve sans pour autant prendre en compte les contributions de tous ceux qui ont des projets, des besoins, une volonté d'épouser une vision globale pour répondre à l'injustice et à l'arbitraire.
Un peu d'originalité je choisis Mario! Eh oui Mario le héros des premiers jeux vidéo, Mario le plombier mais qui étend ses compétences au fil de l'évolution du jeu (médecin, athlète, etc...), Mario le tout petit qu'on ne remarque pas dans la foule mais qui par sa force et son courage vient à bout de tous les obtacles, bref... un petit gars qui n'est pas là pour se montrer mais pour vaincre, pour s'impliquer dans ses missions, et pour atteindre des buts. Et tout cela grâce à tous les joueurs qui l'accompagnent...
Si l'Europe était un animal :
Inutile de préciser que je ne choisirai pas le mouton, même si aujourd'hui, on voudrait la soumettre à un destin calqué sur celui choisi par des personnes peu recommandables... (José Manuel Barroso se prend pour un berger étendant son troupeau avec celui des ses amis berlusconiens et autres volontaires bienveillants...).
Je vais donc plutôt choisir un insecte, la fourmi. Avant tout sociale, elle communique, est reconnue pour son "intelligence collective", les
colonies de fourmis fonctionnant de manière globale. Bref, une fourmi prend en compte son environnement et évolue en fonctions des changements, s'adapte et répond aux mutations...
Si l'Europe était une plante : 
Difficile de trouver quand on prône la fin de l'immobilisme... la plante symbolisant souvent davantage de la décoration d'appartement. Je choisis l'orchidée parce que lorsqu'on sait la faire vivre, elle continue inlassablement de donner de belles fleurs...
Si l'Europe était un tableau :

Je propose Les Oiseaux de Georges Braque, peintre qui a bien connu les guerres mondiales (surtout la 1ère sur le front), et qui les considéraient comme des périodes sclérosantes pour la créativité, lui même préférant se consacrer aux objets quotidiens. Après la seconde guerre mondiale, il va élaborer une série de tableaux sur le thème des oiseaux qui pour lui reflètent dans la peinture la liberté, la maîtrise de l'espace et de la pesanteur, et bien sûr la paix et l'évasion vers des univers rêvés, sans limite...
Si l'Europe était une chanson :
Pas très connue : Il nous faut regarder d'un chanteur poète auteur compositeur interprète éternel, Brel... aussi éternel que le destin auquel aspire notre Europe.
A écouter ABSOLUMENT ci-dessous!
petit extrait :
"Derrière la saleté.
S'étalant devant nous
Derrière les yeux plissés
Et les visages mous
Au-delà de ces mains
Ouvertes ou fermées
Qui se tendent en vain
Ou qui sont poings levés
Plus loin que les frontières
Qui sont de barbelés
Plus loin que la misère
Il nous faut regarder"
Et une question qui n'est pas posée :
Si l'Europe était une ville : sans hésitation ... Strasbourg... alors que les lobbyes pro-Bruxelles se font de plus en plus pressants...
Je tague l'Hérétique, Françoise, Trublyonne, Julien et Spaulding!
16:01 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (41) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : europe, démocratie, construire
16.12.2008
Quand les Européens se parlent... à Strasbourg
17 décembre. Demain. Parlement européen. Strasbourg : vote de la révision de la directive sur le temps de travail...
Europe sociale en crise? A l'heure de la récession, de l'augmentation des maladies professionnelles, de la hausse du chômage, ... on propose donc aux Européens de travailler plus.
Si les travailleurs ne sont pas que des ressources à gérer au nom de la pérennité et surtout d'autres critères de rentabilité de l'entreprise, ils sont aussi des personnes avec des familles, des volontés et des limites. 65 heures par semaine, pourquoi pas... mais pour qui, et à quel coût (en termes non financiers ndlr).
A l'appel de la Confédération Européenne des Syndicats, "l'Europe sociale a manifesté" (source Libé) aujourd'hui à Strasbourg. 4500 personnes selon les autorités (sûrement plus si l'on en croit les organisateurs), ils viennent d'Italie, d'Espagne, de Belgique, de Lituanie, de Slovénie, d'Allemagne... solidaires et unis dans la défense des droits des travailleurs qui doivent passer avant ceux d'intérêts qui les dépassent et renforcent un système qui a déjà montré ses failles... Remettre l'homme au centre des décisions, c'est aussi protéger ses droits et ses limites, sa vie privée et sa vie professionnelle, elle même, qui doit garantir de bonnes conditions de travail non hostiles à la santé ... durable.
Si on entend peu les responsables politiques des grands partis en France hormis pour critiquer de telles mesures quand elles sont prises à l'échelle nationale, l'Europe se réveille et ce sont les syndicats qui lui donnent de la voix... solidairement, ensemble, unis. Au MoDem, on en parle : cf intervention de B Lehideux sur le blog du MoDem de Boulogne Billancourt... Montons le son!
La langue des droits est universelle, la langue de bois est plus locale et recentrée sur ses intérêts immédiats, clientélistes et refermés sur eux-mêmes... A 6 mois des élections européennes, silence radio des candidats, grogne des foules... Où on va?
A Strasbourg, on y est... reportage Stras TV :
22:34 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : europe, euromanif, droit du travail, politique, crise
19.11.2008
Petite soirée avec un Européen... socialiste!
Article publié parallèlement sur Relatio-Europe.
Il y a des soirs comme celui-là où l'on part à la conquête de son histoire par la rencontre. Histoire de son pays, histoire de son Europe... Une vision externe, un vécu engagé et impliqué, un recul sur les événements et sur la marche inéluctable du temps emportant avec lui les rouages d'un manque de compréhension et de ... régulation nous plongeant dans une crise globale.
Un contexte de choix pour recevoir Michel Rocard, interrogé à la librairie Kléber par Daniel Riot (le directeur de Relatio-Europe, site à consulter sans modération). Un socialiste qui ne se focalise pas que sur son parti, c'est plutôt miraculeux par les temps qui courent... Mais inévitablement, il a été obligé d'aborder (ou plutôt d'affronter!) le sujet, et il a contourné le débat en comparant son parti à une grande maison dans laquelle règne la maladie, et qu'il faudrait pudiquement accompagner de silence. "Mon parti est malade, je fais silence" a-t-il dit simplement, accompagnant ce constat amer par l'expression de sa désapprobation vis à vis de l'omniprésence des médias qui massacrent la démocratie! Au profit du spectacle et de la polémique stérile qui attire l'audience, la double dimension du complexe et du long terme reste invisible; le tapage continue son carnage alors que seuls le silence et l'intimité peuvent permettre de cicatriser et de revenir à la normale. "L'intimité sociale est tuée par l'omniprésence médiatique". Beau sujet de réflexion je trouve.... surtout pendant que la presse est en train de se réformer sous le contrôle et la coordination de l'Elysée pendant que d'autres, par réaction organisent une contre-offensive avec les contre-états généraux de la presse!
Bref, le thème people éludé de manière élégante et grave, on a pu entrer dans le vif du sujet... Après 3 mandats en tant que député européen, Michel Rocard choisit de se retirer définitivement de la vie politique, pas à la manière de ceux qui veulent ensuite revenir comme des hommes providentiels, mais plutôt pour poursuivre son engagement et ses combats "par la plume", "par le verbe", comme l'a rappelé Daniel Riot. Et il anticipe un peu cette "retraite" à 78 ans (!!!) en publiant deux livres!

Un thème récurrent dans ces deux livres : l'Europe, une construction essentielle pour notre avenir, mais qui avance surtout au fil des contraintes, des difficultés, ... mais comme "la mécanique est réconciliatrice", il faut poursuivre ce trajet dans le sens du progrès pour notre civilisation. Ce qui sous-entend pour lui d'intégrer la Turquie, dont l'adhésion, comme il l'écrit "est une nécessité si l'on veut assurer une issue plutôt européenne qu'américaine au rééquilibrage du capitalisme contemporain ". Vaste débat dont les opposants à cette option sont souvent vainqueurs... Il appuie toute son argumentation sur une connaissance approfondie de l'histoire de la Turquie, meurtrie par son déni du génocide arménien ou par d'autres douleurs ancestrales, et qui depuis les derniers sultans s'est rapprochée de nous par la culture, l'économie, l'alphabet,le droit, suite à de multiples réformes... préférant assimiler des "façons d'être", car "l'avenir commun se contruit par une préparation commune". La 1ère demande d'adhésion date de 1959, et les reports successifs de réponses ne sont pas des réponses... Plus qu'un débat, cette réconciliation est présentée comme un défi, celui de l'Europe de la diversité, et comme une autre réponse possible, qui aura des conséquences sur nos relations avec les pays méditérannéens.
Dans un autre registre, mais toujours dans l'optique de la construction européenne, il déplore le manque d'éducation économique des Français, et s'indigne de l'incapacité des partis politiques à construire un programme économique (il a eu l'occasion de tacler le MoDem en fin de soirée à ce propos... Jean Peyrelevade saura apprécier :-(...); les discours économiques sont nuls et incompréhensibles. La France porte d'autres handicaps, elle n'est pas à l'aise vis à vis de l'Europe, ne sait pas en parler non plus, et l'inexistence d'une Europe politique n'arrange bien sûr pas nos affaires... mais comme chez nous, on a tendance à confondre politique et puissance, on ne risque pas d'avancer... Seule la politique permet de définir et mettre en oeuvre une stratégie, alors qu'une puissance sans stratégie n'apporte rien de bon... et ne permet pas d'obtenir les résultats escomptés. Lire Notre Europe, - ouvrage collectif écrit par Michel Rocard, mais aussi Nicole Gnesotto, et avec la participation de grands noms tels que Geremek (son dernier texte), Cohn-Bendit, Jouyet, Lamassoure - ,lire ce livre donc, c'est se préparer à mieux comprendre les enjeux des prochaines élections européennes, et s'engager dans l'immense avenir porté par l'Europe qui n'a plus le temps d'apprendre, qui doit s'affranchir du joug britannique dans le cadre du déséquilibre engendré par la crise. On ne parle que de finance, de banques, alors que le déréglement est avant tout social... il y a une vraie opportunité pour l'Europe pour émerger, et sur la base du droit et de la négociation, pour répondre aux besoins de sa population.
Voilà, c'était ma soirée. Du coup, j'ai loupé la conférence de Jean-Pierre Jouyet. Mais ayant croisé Julien Viel lorsque je sortais de la librairie Kléber, je sais de source sûre qu'il nous prépare un compte-rendu sur son blog!
23:31 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : europe, démocratie, rocard, turquie, crise, ps
11.11.2008
Quand Lille joue le rôle de modèle!
« Si c’était à refaire, je commencerais par la culture » déclara Jean Monnet en parlant certes en premier plan de sa vie, mais également plus subtilement sans doute du projet européen dans sa globalité, qui jusqu'au traité de Maastricht, avait quelque peu négligé cette dimension. Depuis, l'UE qui travaille au dialogue des cultures, vecteur de paix certes, mais aussi de définition d'une identité européenne, cherche encore un peu ses marques, mais on observe une certaine dynamique (cf. site de la Commission Européenne - Culture).
Promouvoir les activités artistiques des compositeurs, des auteurs, et de tous les acteurs de ce domaine est une des étapes de la valorisation de la culture. Pour cela, il faut des modèles, des références. Lille porte cette ambition depuis des années. En 2004, elle est désignée capitale européenne de la culture, récompense ultime d'un dynamisme et d'une implication de toute une ville, de toute une cité, dans un projet d'envergure, à fortes résonnances transfrontalières. Forts de ce succès, les élus vont profiter de cet élan et de ce souffle pour faire perdurer le rayonnement, et initient "Lille 3000", qui permet - entre autres - à des manifestations de "rencontres de cultures" de voir le jour comme par exemple le rendez-vous 2009 :
"du 14 mars au 12 juillet 2009, Europe XXL autour de l’Europe élargie.
La seconde édition de lille3000 part à la découverte d’une Europe redessinée après la chute du mur de Berlin, et qui aura 20 ans en 2009 : Istanbul, Berlin, Riga, Tallinn, Vilnius, Budapest, Bucarest, Varsovie, Ljubljana, Belgrade, Zagreb, Sarajevo, Moscou..."
Rien d'étonnant donc que le "plan musique", exemplaire, ait trouvé sa place dans cette ville européenne! De quoi s'agit-il? Jean-Louis Agobet m'a fait lire un article à ce sujet, qui rappelle par de nombreux aspects le projet qu'il a proposé à Strasbourg (toujours en attente de réponse, cf texte ici), article tiré de La Lettre du Musicien n° 364.
Pour résumer : en collaboration avec le Conservatoire de musique de Lille, les élus déploient depuis l'année 2005-06 le Plan Musique, qui s'inscrit à la fois dans une démarche dite culturelle, et en même temps dans le cadre du "projet éducatif global" : il s'agit de permettre à tous les enfants (de grande section de maternelle et de toutes les classes du primaire) de bénéficier d'une formation musicale. Pas dans la même optique qu'un cours classique de solfège, qui ne laisse pas toujours les meilleurs souvenirs aux enfants quand ils apprennent un peu trop tôt à lire la musique avant de l'écouter! Il s'agit en fait de travailler "sur l'oralité, l'écoute et la mémoire des sons" en tant que 1er apprentissage de la langue musicale, et de faire le lien vers un éventuel enseignement théorique qui suivra. Les professeurs des écoles présentent le projet de leur classe à une commission, projet à vocation musicale et pédagogique, puis en collaboration avec le conservatoire, ils le mettent en oeuvre avec les éleves, bénéficiant de l'aide d'un intervenant dédié, formé à cette action, qui met tout en oeuvre pour mener à bien ce projet avec l'aide de tous les réseaux culturels locaux (bibliothèques, associations, centres sociaux). Les professeurs peuvent aussi suivre les stages du "contrat local d'éducation artistique" afin d'être encore meilleurs dans le déploiement des projets de leur classe.
Moyens : 28 "dumistes" (musiciens intervenants en milieu scolaire) répartis dans les établissements scolaires, 200 projets musicaux déployés par an, le prêt gratuit des instruments de musique pour les élèves. Budget annuel : 753 500 € et un investissement de 40 000 €.
Un exemple concret de réussite? : la constitution d'une fanfare dans une école primaire de Lille!
Strasbourg a reçu des propositions similaires, par la voix et la plume de Jean-Louis Agobet, répétons-le, mais n'a toujours pas répondu. Nous sommes d'ailleurs aussi en attente ici de la mise en place des Etats généraux de la culture promis par Roland Ries dans son programme de campagne municipale, visant à poursuivre la politique culturelle de l'équipe précédente et à "permettre à tous les Strasbourgeois de se sentir impliqués dans la vie culturelle." (source DNA, février 2008). On va me dire que je suis trop pressée? Je répondrais qu'il y a des élections européennes qui se préparent, une mobilisation des électeurs à prévoir, des débats intéressants à construire pour donner à l'Europe sa vraie place, avec en ligne de mire le débat du positionnement du siège du Parlement... Strasbourg. Une ville qui a la vocation d'être le carrefour de l'Europe, comme l'indiquent fièrement quelques panneaux à l'entrée des autoroutes, doit rayonner par ses initiatives culturelles. Prendre exemple sur des villes-référence qui savent que la culture est un vrai moteur de la construction européenne! Regardons d'un peu plus près en direction de Lille.
Créons du lien entre les citoyens européens et l'art, les artistes, les oeuvres et la pratique. L'art ne doit pas être réservé qu'à une certaine élite. Devra-t-on attendre que nos musées et nos opéras soient définitivement désertés pour enfin se réveiller et se rendre compte que l'éducation est le meilleur moment de privilégier cet accès à l'art, et le rendre durable pour un grand nombre de ceux qui bénéficieront de cet enseignement? L'art devient élitiste, ou réservé à une certaine catégorie de la population, alors qu'il a une vocation universelle et désintéressée. Moins les enfants d'aujourd'hui seront éveillés à la sensibilité artistique, plus les adultes de demain vivront sans art... L'art doit prendre sa place dans l'éducation et les projets pédagogiques, avec les encouragements des municipalités, et à terme des conseils généraux. Il en va ... de sa survie. Et il en va de la valeur symbolique de Strasbourg et de toutes les villes observées actuellement en Europe!
Je finirai par une phrase bien connue de Tolstoï : "Les grands oeuvres d'art ne sont grandes que parce qu'elles sont accessibles et compréhensibles à tous".
21:08 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : lille, strasbourg, europe, musique, plan musique, culture, politique
Quiz sur certains symboles... européens
Jour férié du souvenir, de la commémoration. Jour férié.
Je ne cherche pas à concurrencer le Jeu du Dimanche ;) , je vous propose simplement un petit quiz dans le cadre du débat sur l'emplacement du siège du Parlement Européen...
A vos marques, prêts... quizez (c'est très court)
1 - Où se trouve la Cour européenne des droits de l'homme?
a) à Strasbourg
b) à Bruxelles
2 - Où siège le Conseil de l'Europe, doyenne des organisations internationales qui œuvrent en faveur de la construction européenne ?
a) à Strasbourg
b) à Bruxelles
3 - Quelle ville symbolise le mieux la réconciliation franco-allemande?
a) Strasbourg
b) Bruxelles
4 - Souhaitez-vous accentuer l'image et le rayonnement :
a) d'une Europe politique et démocratique
b) d'une Europe technocrate et bureaucrate
5 - Quel est le rôle de l'Eurodistrict Strasbourg-Ortenau :
a) mettre en valeur et donner du poids à la coopération transfrontalière, et au-delà, collaborer à des projets ambitieux à dimension européenne.
b) réunir les Allemands et les Français à Bruxelles autour d'un apéro.
Si vous avez une grande majorité (unanimité même!) de réponse A, bravo, vous êtes susceptibles de soutenir l'idée de faire de Strasbourg la ville du siège du Parlement européen. (ce qui peut signifier aussi : rapatrier toutes les séances plénières à Strasbourg, dans une volonté d'économiser aussi bien nos finances publiques que le bilan carbone des élus et permanents).
Quelle est la position du MoDem? Si quelques députés européens de notre parti ont déjà manifesté leur aversion vis à vis de cette idée en préférant faire de Bruxelles leur capitale emblématique, certaines voix crient encore haut et fort que c'est Strasbourg qui doit l'emporter.
Strasbourgeoise depuis près de quatre ans, très sensible à ce sujet, j'en appelle à l'avis de ceux qui ont réfléchi à la question parmi les "Français de l'intérieur"
(c'est comme çà qu'on vous appelle) et aussi bien sûr parmi les Alsaciens. Parce que des jeunes Picards se sont déjà intéressés à la question (qui ne cachent pas leur affiliation au PPE-ED, certes), mais leur pétition fait du bruit, circule bien, et relance le débat, permettant peut-être à d'autres de se positionner. A l'aube des prochaines échéances électorales, il est intéressant de partager un peu ses positions.
16:27 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : europe, strasbourg, démocratie, symbole, politique
15.10.2008
Ambition européenne pour nos compositeurs

"Statistiquement, en mélangeant professionnels et amateurs, l'Alsace est le pays où il y a le plus de musique au mètre carré" déclare Roger Siffer aux journalistes dans le cadre de son parrainage du portail musical des DNA (Impul'sons DNA), inauguré cette semaine.
Alsace terre et berceau de futures compositions musicales destinées à être jouées partout dans le monde et vouées à la postérité? Statistiquement oui, mais... qu'en est-il réellement?
Comment sont encouragées les vocations artistiques et les passions pour la musique, particulièrement à Strasbourg, où aujourd'hui les associations et lobbys locaux s'organisent pour défendre leur ville dans la bataille du siège du Parlement, où l'on parle de capitale européenne et pas seulement de ville de province?
On me répondra que le dynamisme de la ville rejaillit dans de nombreuses démarches festivalières, telles que Musica, les Nuits Européennes, que nous avons maintenant une belle Cité de la Musique, que nous possédons un opéra national, que l'orchestre est bien vivant et que la programmation est très riche, etc. Et je répondrai : très bien, parfait, les amateurs de musique peuvent donc trouver de quoi nourrir leur passion et leur soif de découverte des plus belles oeuvres...
Et les compositeurs locaux, ont-ils leur place à Strasbourg, ou bien doivent-ils comme de nombreux écrivains, comme les peintres, et d'autres artistes, compter sur Paris pour faire vivre leur vocation et mettre en œuvre leurs projets? Ou les laisse-t-on aussi tout simplement partir à l'étranger, faute de pouvoir les entendre et les encourager?
Prenons un petit exemple : Jean-Louis Agobet, compositeur dont les œuvres sont jouées par les plus grands orchestres (Orchestre Philarmonique de Radio France, l'Orchestre national, ainsi qu'à Manchester, Hong-Kong, Tokyo, etc, cf biographie : ici) , et récompensé par les Victoires de la Musique Classique en 2006 et par bien d'autres titres honorifiques :
Jean-Louis Agobet vit depuis 8 ans à Strasbourg, ayant été appelé par la Municipalité (d'abord Catherine Trautmann, puis surtout Robert Grossmann, qui fut jusqu'aux dernières élections Président de la Communauté Urbaine de Strasbourg) afin de réaliser des projets pédagogiques auprès des élèves des écoles des quartiers de la Meinau pendant quelques années.
Alors qu'il poursuit son travail de compositeur, que ses disques se vendent dans le monde entier, il réfléchit aussi à la mise en place d'un grand projet d'envergure qui lui tient à coeur, qui consiste à créer "une structure totalement dédiée à la pédagogie musicale", ouverte à un très large public, et dont la dynamique pédagogique se distingue de celle de l'école dans le sens où elle s'inspire surtout d'une volonté de faire découvrir la musique et ses richesses, avec un véritable accompagnement inspiré et approprié, celui des compositeurs eux-mêmes, ceux qui touchent les mystères de cet art, pas seulement de manière technique mais dans toute sa dimension magique et transcendante. Un lieu est proposé : la nouvelle médiathèque. Il compare cette structure possible au LSO Discovery (London Symphonic Orchestra), qui à Londres, dans le quartier de St Luke, propose aux enfants et au grand public un accès privilégié à la musique et aux oeuvres musicales. J'ai eu le grand bonheur d'y passer quelques heures au mois d'avril, ce fut un vrai plaisir de partager quelques moments musicaux, accompagnés de commentaires historiques et d'expositions, et cela de manière spontanée!
Ce projet ne serait-il pas digne d'une capitale qui a pour objectif, du moins verbalement par la voix de son maire, Roland Ries, de devenir un véritable lieu d'échange européen?
La culture, dont Jean Monnet a lui-même regretté la pauvreté dans les fondements du projet européen, est à la base de ces échanges, et les festivals ne suffisent pas à donner du sens à cette volonté, si nous souhaitons qu'enfin l'on puisse considérer Strasbourg comme une référence et un centre névralgique incontournable du dynamisme de ce sentiment d'appartenance à l'Europe.
Pourquoi tous les courriers et les dossiers complets et illustrés que Jean-Louis Agobet transmet à nos élus strasbourgeois afin de défendre ses projets restent-ils sans réponse? SANS REPONSE??? Comment peut-on effectuer un classement (vertical?) hasardeux dans les placards des locaux administratifs, de ces cahiers des charges et mémoires vivants, qui s'inscrivent complètement dans le projet municipal, au lieu de les examiner et de prendre le temps de les étudier et bien sûr de répondre? Les initiatives de cet artiste sont pourtant soutenues et appuyées, par ses amis et par des militants connus et reconnus de la cause européenne!
Si les autres villes françaises telle que Caen (sans parler de toutes les villes asiatiques comme Tokyo) savent entrevoir dans le génie et l'engagement citoyen de Jean-Louis Agobet les raisons d'être de leurs ambitions pédagogiques et artistiques, Strasbourg a raté le coche. Ou alors prend son temps. Comme si on pouvait se permettre de prendre son temps aujourd'hui, alors que la quête de sens est au centre de tous les débats sur l'Europe, spécialement en période de crise.
Ayant la chance de le connaître, je souhaite par le biais de ce billet soutenir son projet et vous inviter à le soutenir aussi.
Pour découvrir, écouter, ou se tenir informé sur l'actualité des oeuvres de Jean-Louis Agobet :
son site : ici / son blog : là
sa tribune sur Relatio-Europe : cliquez!
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11.10.2008
Journée européenne contre la peine de mort
Robert Badinter était ce vendredi à Strasbourg dans le cadre d'une conférence débat sur la peine de mort.
"Partout où la peine de mort est prodiguée, la barbarie domine; partout où la peine de mort est rare, la civilisation règne". Victor Hugo, Actes et Paroles
Pour en savoir plus sur cette journée, vous pouvez compléter cette vidéo par une lecture d'un article de Relatio-Europe: ici.
Et également Le dernier Jour d'un condamné de Victor Hugo.
"UN ETAT QUI APPLIQUE LA PEINE DE MORT EST UN ETAT QUI VIOLE LES DROITS DE L'HOMME" :
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