02.11.2009

ambiance au travail, romans, Dr House et Dr Ross

2 novembre, journée des prix Goncourt et Renaudot que je ne m'aviserai pas de commenter n'étant ni une adepte des prix, et surtout, ne connaissant pas tous les auteurs en lice... Ces prix permettent surtout aux auteurs de se faire connaître et de donner envie aux lecteurs de les découvrir, c'est surtout ça l'intérêt!
 
Disons que je profite de l'événement, parce que Delphine de Vigan faisait partie des prétendants pour le Goncourt, elle n'a eu qu'une voix aujourd'hui, mais elle a écrit Les heures souterraines, et c'est déjà tout ce qu'on pouvait espérer lire de mieux en ce moment au sujet du thème très actuel du harcèlement moral des cadres sur le lieu de travail, celui qui fait croire aux cadres qu'ils sont inutiles et qui ne leur permet d'exister qu'au regard de leurs objectifs. Et quand l'objectif n'est rattaché à rien d'autre qu'à lui-même, quand on ne lui donne pas du sens autre que celui du but ultime, pas facile de l'atteindre, de les atteindre, mais très facile d'être atteint au contraire soi-même par ces objectifs devenus maîtres de tout, et mesures de toutes choses.


 
La lecture est une des meilleures opportunités d'évasion et de retour sur la personne et son histoire. Delphine de Vigan ne nous montre pas l'échec d'une personne (et même de deux personnages dont les histoires parallèles se conjuguent parfaitement par des mouvement opposés, la course et l'immobilisme), elle nous montre une personne dans son environnement de travail, dans un contexte complexe d'interactions entre des personnes qui ne veulent pas se comprendre, se rencontrer. Aujourd'hui où l'on est surtout identifié par des statuts (travailleur/chômeur, apte à recevoir l'identité nationale/inapte, avec ou sans papier, méritant/non méritants,...), et le futur ne se dessine que par des objectifs (quand ils sont accompagnés, ce ne sont plus seulement des objectifs, c'est une cohésion), il apparait que l'on est soit inclu, soit exclu dans un système donné. Le roman lui, dépasse les systèmes, il décrit et montre les personnes transversalement, avec leur histoire, leurs émotions, leurs ambitions, leur volonté, leurs faiblesses. Ca change du langage SMS ou de celui de Facebook, c'est plus ... existant, c'est un type de partage plus personnel.


 
Quand on milite pour l'accompagnement individualisé - et personnalisé - des parcours professionnels, à l'intérieur et au-dehors du système entreprise, du système Pôle Emploi et du système scolaire, on milite aussi pour le sens qu'on donne au travail, travail qui a de plus en plus de synonymes approximatifs (boulot, taf,...) dévalorisants, parce qu'on parle de moins en moins des métiers. On cherche un boulot, pas un métier. C'est le boulot qui fait vivre, pas forcément le métier... Les objectifs du boulot sont difficiles à atteindre, stressants... Les objectifs relatifs à un métier sont au contraire les exemples d'une continuité dans la progression... Problème de vocabulaire en entreprise? Les notes de services ne sont pas des romans et n'ont pas ce rôle. Mais elles sont parfois très froides sans les relations humaines. Et les entretiens individuels se transforment quelquefois en audience à la cour, les plans d'action en peine infligée au coupable, on formalise tout tout tout par écrit, non pas pour éclaircir les propos mais pour se couvrir... Malaise.

 

 

On fait de plus en plus appel à des coachs, des psys, des médocs, des médecins... On met des pansements sur les plaies, mais on ne fait pas appel à Docteur House pour diagnostiquer l'origine de ces plaies... (il est vrai, je le concède, que c'est Docteur Ross le plus sexy quand il distribue son nespresso, qui d'ailleurs grâce à sa caféine, permet de tenir tête à la fatigue, et d'atteindre plus "facilement" ses objectifs)...

 

Dans tous les plans Emploi qui se dessinent, l'urgence du "sens" est à prendre en compte absolument. Dans toutes les perspectives de dialogue social, l'individualisation des parcours professionnels par un suivi personnalisé (objectifs avec accompagnement!!!) doit prendre sa place petit à petit, comme dans les plans de reclassement. Utopique? Disons que si dans certaines structures on est loin du compte, il est temps de ne plus traiter les personnes comme des dossiers. Comme dans les romans. Tiens d'ailleurs qu'est-ce que je pourrais bien lire ce soir?

Trackbacks

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Commentaires

Concernant "les Heures souterraines", je partage ton enthousiasme! Le long et inéluctable enfouissement de Mathilde en elle-même est décrit de manière saisissante, et vaut bien des analyses plus distanciées sur le phénomène du harcèlement au travail. Mathilde est forte; de multiples épreuves privées et professionnelles l'ont encore renforcée; elle est brillante et déterminée. Et pourtant, elle qui semblait insérée et imbattable, se retrouve progressivement seule, jusqu'à l'étouffement. Sensation parfaitement rendue d'ailleurs par les multiples passages dans le métro, et encore renforcée par l'écriture tendue de l'auteure, travaillée jusqu'à l'épure.

Ecrit par : Viviane | 02.11.2009

J'ai bien envie de vous suivre Nelly et Viviane dans les "heures souterraines".
Mais surtout, je vais transmettre ton papier, chère Nelly ( que je retrouve avec joie) à des cadres dirigeants, voire capitaines d'industrie, qui ne savent plus tout cela, tant ils sont eux-mêmes transformés en objectifs et c'est là leur job et non leur métier. Ils en ont un pourtant : programmeur d'objectifs de toute nature, sans trop de qualification dans des domaines très divers.
Un X-Ponts, peut très bien après l'ENA diriger tour à tour une boite de pakaging puis une production de chocolat pourvu qu'il sache fixer des objectifs qui le terrifient lui-même et donc tous les autres .
Le comble c'est que cela ne marche même pas ou alors à quel prix humain ?

Ecrit par : Spohr | 03.11.2009

La lecture de tels romans 'sociologiques' c'est aussi, parfois, l'occasion d'une prise de distance, en partageant avec l'auteur une autre vision du monde, car on se sent parfois bien seul (cadre ou non cadre) dans les rouages comptables des objectifs de l'entreprise, ou de toute autre organisation déshumanisée (je pense aux Trubulations d'une caissière, par ex)... Je ne connaissais pas encore Dr House et Dr Ross. Merci en tout cas de nous avoir signalé cette recalée du Goncourt ! On se dit que par les temps qui courent, ça ferait du bien de trouver les moyens de mettre en lumière ce genre de bouquin... Ça peut aider du monde à surmonter les épreuves de la vie professionnelle... Un nouveau "prix littéraire" auquel il faudrait trouver un nom...

Ecrit par : pierre | 03.11.2009

Je n'ai pas lu ce livre mais ton billet est de grande qualité. j'ai connu cette perte de sens au niveau professionnel qui se repercute sur la vie personnelle.

Ecrit par : arnaud | 05.11.2009

Nelly est décidément très en forme. C'est un très beau billet.
Pour être depuis peu dans les tuyaux de Pole Emploi et de l'Apec, effectivement ils gèrent des flux. Déshumaniser la relation avec leurs interlocuteurs est paradoxalement générateur de stress pour eux-même et cela se sent via les grèves à répétition mais surtout par leur gêne lorsque l'autre arrive avec de l'énergie, des projets et des envies. Le premier conseil qu'on te donne c'est de t'acclimater à la morosité environnante, à prendre ta place dans la file en respectant le rythme administratif de ton dossier. Et si tu sors du mouvement, tu es éjecté!
Heureusement il y a des lieux (et des entreprises!)d'enthousiasme où les projets individuels et collectifs s'épanouissent, où la solidarité existe et où la relation humaine est vécue comme une vraie richesse et comme source d'innovation. J'installe actuellement mon entreprise dans un tel environnement et j'ai bien conscience de la chance qui s'offre à moi.
A bientôt

Thomas

Ecrit par : Thomas | 07.11.2009

Bonjour,

Je travaille pour le site ELLE.fr, et je vous contacte à l’occasion du classement des blogs ELLE-Wikio.

En effet, votre blog fait partie de la sélection, aussi j’aurais besoin le plus rapidement possible de votre Nom, Prénom ainsi que de votre adresse mail directe afin de vous faire parvenir votre invitation à la grande soirée de remise des prix.

Merci également de repréciser dans le mail de réponse l’url de votre blog.

D’avance merci pour votre retour,

Bien à vous,

Marion Wyss - ELLE.fr
marion.wyss@lagardere-active.com

Ecrit par : Marion Wyss | 12.11.2009

Fixer des objectifs quantitatifs à atteindre est une démarche sensée. Une équipe progresse plus facilement si le cap est fixé clairement. Mais il ne faut pas que l'indicateur devienne le seul but à atteindre, ce qui arrive malheureusement trop souvent.

Ecrit par : Sylvia Pel | 19.11.2009

Bien sûr qu'il faut fixer des objectifs. Mais simplement il est un peu facile de se contenter de les fixer et de ne donner aucun moyen de les atteindre ni aucun accompagnement... Et d'évaluer les performances malgré tout uniquement sur l'atteinte ou non de ces mêmes objectifs en classant les salariés en winner et looser...

Ecrit par : Nelly | 19.11.2009

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