15.12.2008
A la santé... près d'ici
Privés de liberté, les hommes enfermés en prison sont aussi privés de dignité, si l'on en croit tous les témoignages relatifs aux conditions de rétention qui sont de plus en plus... inhumaines et acceptables. La vie est dure dedans, mais aussi par conséquent, dehors, après. Si les réformes en cours relatives à la loi pénitentiaire doivent prendre en compte les critères de gestion de l'univers carcéral, elles doivent aussi être intégrées aux processus de garantie des droits de l'homme.
En parallèle,
-un poème d'Apollinaire, A la santé, mélancolique, fruit d'une expérience d'une semaine en prison à La Santé, et dans lequel les lamentations du poète nous plongent dans l'angoisse de l'ennui et de la solitude
et
-le dernier film cosigné par l'OIP et Emmaüs France, Près d'ici, qui par le biais d'une fiction mettant en scène la "ville-prison" nous sensibilise à l'univers carcéral.
I
Avant d’entrer dans ma cellule
Il a fallu me mettre nu
Et quelle voix sinistre ulule
Guillaume qu’es-tu devenu
Le Lazare entrant dans la tombe
Au lieu d’en sortir comme il fit
Adieu adieu chantante ronde
Ô mes années ô jeunes filles
II
Non je ne me sens plus là
Moi-même
Je suis le quinze de la
Onzième
Le soleil filtre à travers
Les vitres
Ses rayons font sur mes vers
Les pitres
Et dansent sur le papier
J’écoute
Quelqu’un qui frappe du pied
La voûte
III
Dans une fosse comme un ours
Chaque matin je me promène
Tournons tournons tournons toujours
Le ciel est bleu comme une chaîne
Dans une fosse comme un ours
Chaque matin je me promène
Dans la cellule d’à côté
On y fait couler la fontaine
Avec les clefs qu’il fait tinter
Que le geôlier aille et revienne
Dans la cellule d’à côté
On y fait couler la fontaine
IV
Que je m’ennuie entre ces murs tout nus
Et peints de couleurs pâles
Une mouche sur le papier à pas menus
Parcourt mes lignes inégales
Que deviendrai-je ô Dieu qui connais ma douleur
Toi qui me l’as donnée
Prends en pitié mes yeux sans larmes ma pâleur
Le bruit de ma chaise enchaînée
Et tous ces pauvres cœurs battant dans la prison
L’Amour qui m’accompagne
Prends en pitié surtout ma débile raison
Et ce désespoir qui la gagne
V
Que lentement passent les heures
Comme passe un enterrement
Tu pleureras l’heure où tu pleures
Qui passera trop vitement
Comme passent toutes les heures
VI
J’écoute les bruits de la ville
Et prisonnier sans horizon
Je ne vois rien qu’un ciel hostile
Et les murs nus de ma prison
Le jour s’en va voici que brûle
Une lampe dans la prison
Nous sommes seuls dans ma cellule
Belle clarté Chère raison
Septembre 1911.
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le film de l'Observatoire international des prisons et d'Emmaüs France :
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21:31 Publié dans débats | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : oip, prison, apollinaire, droits de l'homme, réforme pénitentiaire




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Commentaires
Magnifique poème d'Apollinaire. J'aime beaucoup ce poète.
Ecrit par : L'hérétique | 16.12.2008
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