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25.06.2008

LOUNES MATOUB, 10 ans après

Lounes Matoub (Taourirt Moussa, 24/01/56, route de Ath Douala, 25/06/98), chanteur et poète kabyle. 10 ans qu'il est mort assassiné, 10 ans que sa femme tente de lever les mystères sur cette affaire, en vain, des blocages subsistent de toute part, impossible de faire avancer cette enquête. Il est plus commode d'attribuer les responsabilités uniquement au GIA (qui revendique l'assassinat), mais cette thèse est insatisfaisante pour tous les proches de Lounes Matoub, ainsi que pour les associations et organisations de défense des droits de l'homme.

 

Chanteur et poète avant tout, Lounes Matoub s'est surtout fait connaître et reconnaître par ses engagements et ses prises positions politiques concernant :

- la défense de l'identité et de la culture amazighe

- les valeurs de la démocratie

- la laïcité

"Les gens me connaissent beaucoup plus à travers mes cassettes et disques. La raison est que les médias, principalement la T.V. et les chaînes de radio nationales n'ont jamais levé le veto me concernant. De ce fait, j'ai été tout le temps interdit d'antenne. Je ne suis pas considéré peut-être par eux comme un chanteur au même titre que les autres. Il semblerait que je sois un trouble-fête. Ce n'est qu'après octobre que certains ont "osé" parler de moi. Timidement donc, je commençais à faire surface. Mais j'étais toujours en garde-à-vue. Et je crois que jusqu'à maintenant ce mutisme continue à mon égard." Matoub Lounès - Horizons le 25/26 mai 1990)

En 1994, il fut détenu durant deux semaines par un groupe armé islamiste, puis libéré grâce aux manifestations très suivies et passionnées de tout le peuple kabyle. Il a publié par la suite le récit de cette enlèvement dans Rebelle,  puis a donné un récital au Zénith de Paris quelques mois plus tard, en 1995, dont voici un extrait :

 

Et encore pour le découvrir: Un de ces derniers textes (chanson)

LA VERTU DÉPRAVÉE

 

La Vertu est bienfait, dit l'adage :
Elle est malice de la pureté,
Âme vertueuse qui choit toujours se relève.
Elle façonne le visage posthume
Et nourrit la gloire à son éclosion,
Qui a vertu a postérité.
Eh bien moi, frères, la vertu m'écœure,
Une fois que nous nous sommes répudiés,
L'opulence retentit de mon nom...

 

Point de cabane au loin qui ne frémissait,
Ni de vapeurs opiacées qui ne s'envoûtaient,
Aux chants d'El-Hesnaoui, d'El-Anqua.
De perversité j'ai pavé mes vœux,
Aujourd'hui me harcèle au scandale
La revanche qui surgit à l'improviste.
D'aucuns clament : jamais ne prospère
Celui qui vit sans roguerie :
Voici le temps venu, soyons arrogants.
Vers la ruse donnons-nous licence,
Nous enduirons de souillure
Ceux qui se vêtent de vertu.

 

Par l'immense abîme, toute ma richesse,
Et par mon sang se déversant à flots,
Je suis estropié, chacun me conspue.
Mais jougs dévorés de rouille, jougs déferrés,
Jougs qui ne peuvent plus me figer
Dans le sillon du champ de la probité ;
Ces paupières jadis emplies de pudeur,
Jamais plus ne se baisseront, jamais,
Fût-ce devant qui m'inspirait respect !
La fraternité, je lui briserai les reins,
Je lui tisserai un beau linceul,
Aux maelstroms, je la livrerai.

 

De l'amitié je carderai la beauté,
Je la ravagerai à la chaux de la ruse,
Comme à la boue de ma hideur.
Je m'appuierai sur quiconque est nanti,
Armé de haine pour tout autre,
Quand il naîtrait de mes racines.
La main de Dieu je la ferai mienne
Et je ferai crouler toute sagesse,
Je la bannirai de mon paysage.
Les malfaisants, je les convierai ;
Par leur force je terrasserai
Ceux que mon cœur n'aura pas enferrés.

 

C'est le dépravé tapi dans la bassesse,
Lui qui crache au visage de l'honneur,
Qui élucide le nœud de l'Histoire.
C'est la brute gavée à notre faim
Qui a conquis et brandit le sceptre,
Il a empire sur toutes contrées.
Si ton village vénère l'aliboron,
Sois donc au nombre des premiers
À l'asservir par l'appât de l'avoine.
Si cette ère devient oppressante,
Fuis ! Foule d'autres terres ;
Oublie quel fut le visage d'hier.

 

Extrait du disque Au nom de tous les miens, Paris, Blue Silver, 1997.

traduction : Yalla Seddiki

 

sources : Mediapart, Wikipedia, Amazighworld.

 

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