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18.06.2008

Vous n'êtes pas les bienvenus...

"Bienheureuse la ville qui a reçu cet homme en son sein, bien ingrate si elle l'a chassé, bien misérable si elle l'a perdu!" Cicéron, Pro Milone.
 
"Nous avons été chassés du Paradis, mais le Paradis n'a pas été détruit pour cela. Cette expulsion en quelque sorte est une chance, car si nous n'en avions pas été chassés, le Paradis aurait dû être détruit". Franz Kafka, Journal intime.

 

 Champ lexical de l'expulsion, de l'exclusion.

 

Malgré les voix des associations, des ONG, des représentants de pays du Sud  (comme Evo Morales), malgré les protestations, les manifestations, malgré Michel Rocard, malgré Jacques Delors, la majorité a tranché (307 voix pour, 206 contre et 109 abstentions) : la "chasse aux clandestins" est lancée en Europe... et adoptée par le Parlement Européen.

Extrait article Mediapart : " Sur 493 millions d'habitants, dont 20 millions d'étrangers, l'Europe compterait entre 4,5 et 8 millions de sans-papiers (contre 12 millions aux Etats-Unis), selon les estimations de la Commission européenne. Ce chiffre augmenterait de 350.000 à 500.000 personnes chaque année.

En préparation depuis trois ans, ce texte, appelé «directive retour», fragilise un peu plus cette population. Il prévoit qu'un sans-papiers puisse être retenu pendant une période de dix-huit mois (au maximum) dans un centre de rétention avant son expulsion. Une fois retourné dans son pays d'origine, il sera interdit de territoire européen pendant au moins cinq ans (davantage s'il représente une menace «sérieuse» pour la sécurité publique).

Les enfants et les familles se verront proposer des alternatives à la rétention, mais en dernier ressort, ils pourront être expulsés. Les mineurs non accompagnés ne seront pas non plus protégés.

Alors que 201.870 étrangers ont fait l'objet d'un renvoi d'un des Etats membres en 2006, cette directive s'inscrit dans la tendance, réactivée depuis le 11 septembre 2001, à la multiplication des contrôles et au développement des murs (comme les barbelés de Ceuta et Melilla, séparant le Maroc de ces enclaves espagnoles) et des camps, [...]."

 

Paradoxe : d'un côté on plebiscite l'ouverture des frontières en faveur d'un rééquilibrage de la démographie et aussi pour palier les besoins de main d'oeuvre, et de l'autre on ferme les portes aux indésirables. Va-t-on parallèlement créer une structure de recrutement avec des critères permettant de choisir ceux qui peuvent prétendre entrer et rester en Europe, et ceux qui sont isolés en camp de rétention et renvoyés dans leur pays d'origine? Il y a ce que Michel Foucault nommait les citoyens légitimes, et les illégitimes, selon la volonté arbitraire de la puissance souveraine, qui consiste à stigmatiser certains individus, certaines personnes. Une réflexion sur l'intégration serait un préalable à la définition des critères d'inclusion et d'exclusion, ce qui présupposerait néanmoins l'existence d'une culture europénne de référence. Dans un espace politique vide, la délibération n'a pas lieu d'être, et la citoyenneté démocratique ne peut être qu'instrumentalisée à la tendance du moment. Et si cette tendance est à la peur, au doute, le repli identitaire n'est jamais loin, et la différence de l'autre est reconnue comme une menace, sauf si la place de cet autre est prédéterminée et reconnue par la tendance comme d'utilité publique... (si cet autre est appelé..)

 

Pour terminer, quelques mots d'Aimé Césaire, tirés de Cahier d'un retour au pays natal

"Partir. Mon coeur bruissait de générosités emphatiques. Partir... j'arriverais lisse et jeune dans ce pays mien et je dirais à ce pays dont le limon entre dans la composition de ma chair : « J'ai longtemps erré et je reviens vers la hideur désertée de vos plaies ».

Je viendrais à ce pays mien et je lui dirais : Embrassez-moi sans crainte... Et si je ne sais que parler, c'est pour vous que je parlerai».
Et je lui dirais encore :
« Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s'affaissent au cachot du désespoir. »

Et venant je me dirais à moi-même :
« Et surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous croiser les bras en l'attitude stérile du spectateur, car la vie n'est pas un spectacle, car une mer de douleurs n'est pas un proscenium, car un homme qui crie n'est pas un ours qui danse... »"

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