23.05.2008

Fable démocrate...

Je vous livre une petite fable irrésistible relative à une certaine idée du fonctionnement de la démocratie  comme régime représentatif tenu par l'élite, et aux antipodes d'une démocratie directe plus idéale que réellement applicable et appliquée dans nos pays européens. Je remercie mon amie Catherine, sincère démocrate avec qui j'ai la chance de partager de nombreuses valeurs et idées dans le cadre de différentes activités, de m'avoir transmis ce texte, avec en préambule son commentaire : "Petite fable politiquement éclairée pour vous divertir auprès des lumières d’un psy qui s’enthousiasme des performances de notre cerveau !
Avez-vous une meilleure solution ? Qui serait encore plus démocrate ?”

texte :

L’ivrogne, l’Avare et l’Hygiéniste

 La méthode majoritaire peut fonctionner de manière plus discrète et cependant tout aussi perverse si les membres d’une assemblée de parlementaires –comme la nôtre- utilisent la technique des amendements stratégiques.

Le théorème que l’on peut obtenir dit, en gros, que si l’on peut diviser suffisamment l’opinion d’une assemblée sur des questions de détail, et si l’on maîtrise à la fois, la formulation des amendements correspondants et l’ordre dans lequel ils seront soumis au vote majoritaire, on peut parvenir à lui faire voter n’importe quelle loi.

Un très bon exemple qui rend facilement intelligible ce théorème difficile a été proposé par Farquharson (1969).

Un ivrogne, un avare et un hygiéniste composent le conseil d’administration d’une fondation de bienfaisance destinée à la construction d’une maison d’étudiants. Leur tâche est de décider comment seront dépensés les deniers de la fondation. A sa mort, le généreux donateur avait insisté pour que cette maison soit construite à une époque opportune.

Pour l’avare, aujourd’hui ne saurait convenir : la sagesse requiert de placer l’argent d’une manière avisée et d’attendre que le magot ait pris plus d’importance pour le dépenser.

Pour l’hygiéniste, la période actuelle est au contraire tout à fait convenable. On devrait construire tout de suite la maison. Mais elle doit stimuler la salubrité chez les étudiants. Bien entendu, le projet, muni d’une grande salle de sports, ne montrera pas la moindre trace d’existence possible d’un bar.

Quant à l’ivrogne, il souhaite aussi construire la maison dès aujourd’hui, mais son rêve est d’en organiser le plan autour d’un immense bar !

Supposons maintenant que l’hygiéniste ait été président, ait maîtrisé les amendements et l’ordre dans lequel ils seront votés. Il a l’esprit plus clair que les deux autres, sans doute en raison de sa tempérance et de son absence de passion. Aussi ne manquera-t-il pas de suggérer « qu’après tout, la seule question vraiment importante est de savoir si nous allons construire la maison maintenant ou placer cet argent et attendre ». Il propose donc un premier vote sur cette question à ses collègues.

A partir de ce vote, la décision de construire maintenant est donc obtenue à la majorité des 2/3 (l’hygiéniste et l’ivrogne).

Satisfait de l’issue du premier vote, l’hygiéniste suggère ensuite de traiter la question « secondaire » du bar… et le bar est rejeté par les 2/3 des votants. Le résultat final, désiré par l’hygiéniste est finalement la maison sans bar, et la méthode majoritaire a été appliquée à la lettre !

Carmen Molina, citant le cours de novembre 2007 de Hervé Raynaud (mathématicien et psychiatre)

 

Toute ressemblance avec des événements réels serait purement fortuite...

Comment une démocratie stable et formalisée par un mode gouvernemental pragmatique peut-il s'affranchir d'un élitisme fort, plus prompt au clientélisme qu'au projet participatif?  Un citoyen mal informé est un citoyen indifférent qui ne peut pas participer activement au débat; le pluralisme qui suppose une inégalité originelle en matière d'éducation et de formation ne peut-il trouver sa voix que dans l'élévation intellectuelle, ou l'élite doit-elle au contraire apprendre à comprendre et satisfaire les demandes économiques et sociales d'une population numériquement plus forte? Elitisme et altruisme sont-ils compatibles?... intégrer la pluralité provoque la peur des démocrates "pragmatiques" et ne trouvent donc pas l'adhésion démocratique, raison d'être de leur projet.

Repenser la démocratie sur la base de la prise en compte de chaque concitoyen, c'est un projet humaniste fort. Le mettre en oeuvre véritablement, c'est encore un objectif abstrait... ou pas. L'ambition du MoDem tient là une de ses problématiques sur lesquelles les chantiers peuvent démarrer. A condition que les "élites" et les "colleurs d'affiches" puissent travailler ensemble...

Commentaires

Pourquoi l'avare a-t-il voté contre le bar au 2ème amendement ? Et puis comment l'hygiéniste s'est-il retrouvé président du CA ? Hein ?

;-)

Ecrit par : seb_b | 23.05.2008

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